J’écris ces articles sur les vacances quelques semaines après être rentrée à Boston. Du coup, quand je revois les photos, prépare les vidéos, relis mes notes, ce n’est qu’enthousiasme teinté de nostalgie de revoir tous ces bons moments passés entre amis. Pour Vegas, j’aurais pu vous parler sans détour des lumières du Strip, des hôtels luxueux, de la folie au casino… Mais en fait au départ, je traînais des pieds à l’idée d’y aller, mais je devais m’y résoudre car de toute façon, c’était sur la route. Alors, sans intérêt l’étape à Vegas ? Full disclosure.
Death Valley // La traversée du désert

Jeudi, deuxième jour de road trip. On descend le long de l’interminable autoroute 395. C’est une longue route droite, encaissée entre deux longues chaînes de montagne. Vers 18 heures, on passe un col et on entre dans une première vallée désertique, la Panamint Valley : il n’y a rien d’autre à voir que de la roche rouge, à perte de vue. La chaleur est écrasante, le ciel bleu ; un nuage traîne à l’horizon. On traverse cette vallée sur une étroite route, qui s’étale à nouveau, droite, infinie ; des deux côtés, il n’y a rien du tout, c’est le désert. Et puis on passe un deuxième col. Aucun nuage ne peut plus franchir cette double barrière de montagne. Nous y voilà, on entre dans la Vallée de la Mort. La réputation lugubre de la Vallée associée à la beauté de ces lieux désertiques nous transporte tout de suite dans une atmosphère intimidante… Ici, personne ne nous entendra crier.
Mono Lake // “La Mer Morte de la Californie”
Jeudi midi, on sort du parc de Yosemite. La route est encore longue pour arriver à notre prochaine étape : la Death Valley de la Mort. On décide de ne pas aller jusqu’à la ville fantôme de Bodie, plus au nord, mais de s’arrêter tout de même à Mono Lake. Ce très grand lac salé, où émergent des sortes d’étranges cheminées blanches, est très vieux : il a près de 760 000 ans. Ecrasés par la chaleur, dans un silence à peine perturbé par les innombrables mouches et mouettes et l’étrange odeur d’eau salée qui flotte dans l’air, nous nous sommes promenés sur la rive de ce lac mystérieux.
Séquoias vraiment géants // Le Grand Grizzli de Yosemite
A la fin de notre journée de randonnée à Yosemite, en dépit de notre allure dépenaillée, on est allé voir des séquoias géants à Mariposa Grove of Giant Sequoias. Ce n’est pas le parc de séquoias le plus connu, situé bien plus au sud, mais c’est tout de même une belle forêt avec quelques spéciments très impressionnants. Les séquoias géants sont les êtres vivants les plus grands au monde. Comme quoi, on en apprend tous les jours.

Randonnée à Yosemite // Et au milieu coule une rivière…
(Le sommaire du road trip, c’est ici)
Deuxième étape du voyage : le Yosemite National Park, en Californie. Je ne savais pas trop ce qu’on allait y trouver. J’avais vu des photos, mais c’est dur de se représenter en vrai comment ça va être. Pour cette étape, j’avais dû convaincre Manu de renoncer à Sequoia Park, beaucoup plus au sud… en lui promettant qu’on irait quand même voir des séquoias géants – il y en a aussi à Yosemite. J’avais promis (un peu au bluff) que Yosemite, ça valait vraiment le détour. J’étais rassurée déjà 50 miles avant l’entrée du parc : c’était déjà beau. Dès qu’on a passé la petite cabane du ranger, c’était encore mieux. Yosemite, c’est unique : même si on croit ne pas trop aimer la nature, ici c’est la Nature, et elle est Belle. Yosemite Valley, c’est la Vallée, les Arbres, les Montagnes, la Rivière, les Cascades. Des paysages divers et magnifiques, le tout concentré sur finalement un pas si grand espace que ça. C’est tout simplement dingo.
Mardi en fin d’après-midi, on quitte San Francisco, tout contents de monter dans notre modeste mais robuste Kia blanche, sur laquelle on va compter pour les 15 prochains jours. On roule 3 bonnes heures pour arriver en bordure du parc, dans la petite ville de Mariposa. Il fait nuit et on cherche notre camping, le Yosemite Bug, dont le nom nous effraie un peu (dans ma tête, ça résonne comme le Yosemite Bed Bugs). Le GPS nous fait quitter la route principale, on roule quelques miles sur une piste au haut d’une colline, et de sa voix froide il nous annonce, en face d’un chemin tout noir : « Vous êtes arrivés ». Consternation et silence dans la voiture. On a peur de devoir dormir ici, c’est-à-dire nulle part. On retourne sur la grand route, et on finit par trouver, un peu plus loin, l’entrée de notre camping. Au milieu d’un charmant campement dans les bois, on gravit des escaliers étroits et on découvre notre minuscule cabine. Les 4 lits sont soigneusement imbriqués, pas un cm2 de libre quand les valises sont à terre. Un peu de promiscuité, ça soude un groupe. Tout le monde est joyeux de dormir dans la nature (même si je suis sûre que c’est bourré d’araignées et autres bugs ; du coup on s’est soignement aspergés d’anti-moustiques, ce qui nous laisse dans un état proche de l’asphyxie). Il fait très chaud à l’intérieur, on dort la porte grande ouverte, en espérant qu’aucun ours ne viendra nous réveiller de façon impromptue. Heureusement, c’est Léonore qui dort à côté de la porte.

Mercredi matin, lever à 6h30. Les températures ont chuté, et tout le monde est allé se chercher une couverture pendant la nuit (sauf Pierre, qui a donc eu bien froid). On file à la douche pour se réveiller, le confort est rustique : toilettes, douches et lavabos en commun, le tout séparé par de fins panneaux en bois laissant peu de doute sur la nature de l’activité en cours.
On part peu de temps après notre copieux petit déj, il nous reste une bonne heure de route pour arriver à l’entrée du parc. La route longe une rivière, et de chaque côté s’élèvent d’impressionnantes falaises. Je suis collée à la vitre pour ne rien rater du spectacle. A l’entrée du parc, un sympathique ranger nous accueille, chapeau sur la tête, petite blagounette pour être cool. Il nous vend une carte annuelle des parcs nationaux (80 $ pour tous les passagers de la voiture – sinon c’est 20-25 $ l’entrée unique de chaque parc ; elle sera rentabilisée assez rapidement au cours du voyage). La route continue dans la vallée, et là, bim, on découvre l’ampleur de la chose.
La vallée vue d’en bas :

Premier point de vue du parc : la Yosemite Valley, vue d’en bas. Les falaises en granit gris sont très hautes, mais cette vallée glaciaire ne semble pas si étroite que ça, une rivière presque à sec coule en contrebas. Tout autour de nous, des dômes et des piques en granit, les plus fameux monolithes géants. On reconnait facilement El Capitan, mais on n’aperçoit par encore le Half Dome, il va falloir marcher. Sur le plan, on peut lire que les noms des campings ont tous des noms qui sonnent « Indiens ». Des tribus d’Amérindiens ont tout de même vécu ici pendent près de 4000 ans, jusqu’à l’arrivée des pionniers en 1833. Hélas 18 ans plus tard, il n’y a plus d’Indiens, et en 1855, le premier hôtel est construit. En 1890 le parc devient parc national. Et nous y voilà, près de 120 ans plus tard.
En bas de la vallée, on se décide pour la promenade du ‘Four Mile Trail’ (environ 6,5 km, mais seulement l’aller – détail auquel on n’avait pas pensé). Promenade est un faible mot, on va faire une randonnée, mais à ce moment de la journée, on ne le sait pas encore. On a l’air d’amateurs avec nos chapeaux en paille – et personnellement, mes baskets avec une bande rose fluo. Bref, il est 10h30, on est motivés, on veut s’en mettre plein les yeux et causer au fil de la journée, car ça fait longtemps qu’on a pas autant parler français avec des amis, et on veut en profiter !
La vallée vue au fil du « Four Mile Trail » :


Pas de cascade à cette période de l’année… Dommage !
Sur le chemin, on papote, puis le souffle plus court, on papote moins ; le paysage change à chaque boucle : on fait des photos ; on monte petit à petit, on croise des gens – pas trop, on voit des écureuils – beaucoup. L’un des membres de l’équipée s’inquiète de transpirer trop, c’est vrai qu’il commence à faire chaud et que le rythme est soutenu. On regarde vers le haut « quand est-ce qu’on arrive ? ». Il n’y a qu’une seule option : grimper. On se demande si on va croiser des ours ou des montains lions (des sortes de pumas), on révise les règles de sécurité en cas d’attaques, en se préparant à crier, fuir, sauter dans le vide, lancer des cailloux. Le plan n’est pas encore au point.

Ce panneau indique qu’un ours a été percuté par une voiture à cet endroit.
Et nous voilà en haut ! Le chemin escarpé par lequel on est monté n’était pas très fréquenté, mais une fois qu’on arrive au bout, à Glacier Point, on constate qu’il y a des dizaines et des dizaines de personnes là haut. Montés en voiture, ces traîtres de la randonnée auront l’air frais et dispos sur les photos, alors que nous, on est rougeauds, épuisés et le cheveu collé.
La vue sur la vallée, de tout là-haut :


Quelques questions existentielles de randonneurs :
- Doit-on vraiment utiliser les toilettes sèches ? Leur odeur nauséabonde a sans doute éloigné la moindre forme de vie (à part humaine) à quelques mètres à la ronde autout de ces cabanons. On est content de participer à ce geste écolo d’économie d’eau mais l’odeur, désolée d’insister, est terrible. On la retrouvera, flottant au gré du vent, même parmi les endroits les plus reculés des différents parcs traversés par la suite. La seule solution pour éviter les toilettes sèches serait d’aller dans la forêt, tout seul, avec les bêtes. No way.
- Est-ce qu’on redescend en bus ? Franchement, on est fourbus et transpirants, on a bien mérité un petit trajet en bus. Mais à tout de même 25$ par personne et des horaires qui ne nous arrangent pas du tout, on décide finalement de prendre le Four Mile Trail dans l’autre sens. Je vais envoyer un mail de réclamation au parc et demander qu’ils le rebaptistent « Eight Mile Trail ».
- Dans la descente, quelle technique de marche adopter : tout lâcher et courir comme des poupées dégingandées, ou se retenir et être contracté, surtout dans les genoux ? Bilan mitigé : on alterne les deux options et on arrive en bas bien plus vite que prévu. Vers 16 heures on est à la voiture, poussiéreux et souriants.
En fin d’après-midi, on enchaîne avec un parc de séquoias géants (j’en parlerai plus longuement dans un autre post). Cette journée sportive nous a ouvert l’appétit (même si on avait de super lunch packs du Yosemite Bug), on espère trouver quelque chose d’ouvert pour dîner à Mariposa, mais il est 20h30, et tout ferme très tôt par ici. On se décide pour le bar des sports local, avec fusils en guise de déco et matchs de base-ball en fond sonore. Ils nous accueillent à bras ouverts, malgré notre dégaine crasseuse. Excellente surprise, on nous sert un délicieux et indécemment énorme rib eye (une sorte d’entrecôte) et des pommes de terre au four. Rustique et efficace.
Le lendemain, on doit déjà quitter le parc, on emprunte une route par le nord, la Tioga Road, une “scenic road” de 40 miles. Au bout de quelques virages à peine, la Tunnel View s’offre à nos yeux ébahis. C’est ça qui est génial (à Yosemite et tout au long de ce voyage) : les paysages varient sans cesse, et sont à chaque fois surprenants. La Nature, c’est Beau.

On s’arrête pour admirer le Tenaya Lake aux eaux fraîches, d’un bleu transparent. On s’extasie devant les paysages (c’est le phénomène double rainbow). C’est chouette, c’est calme, il fait bon, on est en vacances !
On monte en altitude, jusqu’à arriver à des praires subalpines, les Tuolumne Meadows, avec la Sierre Nevada en toile de fond. On court comme des petits fous en chantonnant l’air de la Petite Maison dans la prairie. On peut tout à fait imaginer les cow boys sur leurs chevaux, les calèches et les Indiens (reconstitution historique peu fiable). Léonore cherche à voir des chiens de prairie, des petits rongeurs, mais on n’en croise pas un seul.
On a appris après coup qu’un virus mortel a sévi dans la vallée cet été. Mais bon, ça on l’ignorait à l’époque, ce qui n’a donc pas entamé le plaisir.
A suivre… Les séquoias géants de Mariposa Grove…