Connaissez-vous ces magazines américains ? Une revue de presse engagée

Magazines americains

Quand je rentre en France – pas très souvent, certes – j’aime bien m’acheter plein de magazines, de Cosmo à XXI en passant par Causette et le Magazine Littéraire. C’est la seule chose que je demande aux quelques personnes qui me rendent visite : s’il vous plait, faites le plein de magazines aux kiosques de l’aéroport pour moi !

Pour trouver de bons magazines aux Etats-Unis, hors des plus connus, il faut fouiller un peu plus : la plupart des magazines n’existent plus qu’en version numérique (lire à ce sujet l’article de janvier 2019 du Washington Post) et les kiosques dans la rue sont inexistants. Il faut aller en librairie (voir ici ma sélection de librairies à Boston), ou attendre dans les aéroports où on trouvera toute la production mainstream.

Il faut chercher du côté des publications plus confidentielles pour de l’originalité. J’en ai choisi quelques uns au contenu passionnant :

Bitch magazine

Bitch

Le sous-titre explique tout : A feminist response to pop culture, ce magazine entreprend de commenter la pop culture – musique, télé, cinéma, célébrités, mode, sous l’angle du féminisme. C’est le premier que j’ai lu, j’étais abonnée pendant un moment, une collègue de la maison d’édition où je bossais la première année à Boston me l’avait recommandé.

C’est un magazine indépendant, à but non lucratif (ce pourquoi le magazine compte beaucoup sur les abonnements), fondé en 1996 à Portland dans l’Oregon. Il regroupe de nombreux articles qui vont de l’interview aux brèves, en passant par des essais personnels et des recommandations de lecture/films/événements.

J’aime bien leur engagement et le fait que les articles soient aussi variés, courts (et par conséquent faciles à lire) et surtout qu’ils soient thought provoking comme on dit en anglais, qu’ils invitent à la réflexion.

Ce numéro décline le thème du Glamour à travers articles et reportages, j’ai particulièrement apprécié :

  • Criminal Accessories : comment un gang de femmes utilisait le glamour pour leurs larcins en s’attaquant aux grands magasins londoniens au tournant du 20è siècle.
  • Retrofitted: the community preserving vintage style, not vintage values. Glamour peut évoquer les tenues vintage, façon Hollywood des années 50, un groupe s’est formé revendiquant la beauté du glamour vintage mais sans la politique conservatrice qui allait avec les époques représentées – ce qui n’est pas le cas de toute la vague vintage, souvent très tradi
  • Sunday Best : un article sur la beauté par les vêtements et les accessoires de la communauté noire allant à la messe le dimanche, et les liens avec l’esclavage

Le titre peut choquer  : bitch est une insulte, les fondatrices du magazine en sont bien conscientes et l’expliquent dans cet interview, dans ce cas l’usage est réapproprié pour lui donner une connotation plus empowering, d’une femme qui n’hésite pas à parler haut et fort, même si ses opinions ne vont pas plaire à tout le monde.

  • Consultez leur site, et achetez Bitch en librairie (7,95$), le magazine ont besoin de soutien financier pour continuer leur entreprise !
Bitch magazine 1
Bitch magazine 3
Bitch magazine 2
Good company magazine

Good Company

Magazine bi-annuel produit par Design Sponge, au sujet passionnant : les connections entre business et créativité, c’est d’ailleurs le sous-titre du magazine : When Creativity meets Business.

Hélas, je regrette ne pas avoir découvert ce magazine plus tôt : cet excellent numéro dont le thème principal est l’argent sera le dernier publié, si vous le trouvez encore en librairie, foncez, il est top (18$). Design Sponge ferme ses portes après 15 ans d’activité.

L’argent est parfois relégué au second rang des préoccupations des personnes travaillant à leur compte, selon le présupposé que le travail est plus une passion qu’un générateur de revenus. De nombeux potentiels partenaires en abusent, au prétexte de proposer une rémunération en nature contre de la visibilité, par exemple. Le magazine explore en profondeur ce thème. C’est passionnant !

Le magazine compile des interviews d’artistes et de free-lances, ainsi que des articles/reportages de conseils pratiques. L’un d’entre eux m’a concrètement aidé à dire NON à des partenariats qui ne présentaient aucun avantage pour moi et mon business, sans avoir de remords (dans le dossier « 12 things I wish I knew before I started free-lancing full time »).

La mise en page est très originale, parfois un peu trop distrayante, on ne sait plus où donner de la tête dans certains articles !

Believer magazine

Believer

Un beau magazine à la mise en page contemporaine, aux belles illustrations et au papier super agréable à toucher et à sentir, Believer sort tous les deux mois (6 par an) et parle de littérature, des arts et de culture. Le magazine est créé à l’université du Nevada, à Las Vegas et le numéro d’oct./nov. 2019 a pour thème les frontières.

Les différents articles sont plus longs que dans les autres magazines présentés dans ce post, celui qui m’a le plus marqué s’intitule Weather Reports: Voices from Xinjiang, des récits de vie de personnes affectées par les goulags chinois ; il m’a d’abord attiré par les magnifiques portraits, peints par Danica Novgorodoff, puis par la force de ces histoires presque inconnues et rendues visibles par ce reportage.

Il y a aussi une excellente interview de Min Jin Lee, l’auteure entre autres du magnifique roman Pachinko (j’en avais déjà parlé ici) qui parle de son métier d’écrivaine.

  • J’ai acheté mon exemplaire (12$) à Brookline Booksmith 279 Harvard St., à Brookline), vous pouvez aussi l’acheter directement sur leur site Believer
  • Si vous aimez le journal XXI, vous aimerez Believer
Believer 1
Believer
Believer 2
Grlsquash

Grlsquash

Ce journal en est à sa troisième édition et il est publié 2 fois par an. L’équipe est basée à Boston, une de leur mission est d’inclure des essayistes sous-représentées par les médias traditionnels : ce numéro est entièrement rédigé par des femmes et une personne non-binaire et ça fait du bien d’avoir des voix différentes à lire. Le sujet général du journal touche à l’intersection entre la nourriture, l’art et la culture, et ce numéro de juillet 2019 a pour thème en particulier « Taking Root », s’enraciner en français. Les pages du magazine regroupe une collection d’essais personnels, entrecoupés de poésies (que je zappe…), d’illustrations, de recettes et de bande dessinée, d’une série de photographies.

En quoi la nourriture nous fait-elle nous sentir « chez soi » ? La nourriture évoquée est à chaque fois un prétexte pour parler de Soi, son foyer voire sa famille.

J’ai beaucoup aimé la grande variété des histoires racontées, pour la plupart très courtes, à peine une ou deux pages ; je retiens en particulier celles sur le Kimchi (« Kimchi is just like my mother: bold and fiery »), sur cultiver le romarin (« There was a time when I didn’t understand gardening as a therapeutic practice… ») et le dernier Tupperware de curry (« The last dish my grandmother made for me was pork curry on November 18, 2014. I know this because I still have the plastic container she put it in ») : chacune à leur façon était touchante.

Le journal est très plaisant à lire, la mise en page est simple et sans chichis avec de belles couleurs, son petit format facile à emporter.

  • J’ai acheté mon exemplaire (15$) à Brookline Booksmith (279 Harvard St., à Brookline), vous pouvez aussi l’acheter directement sur leur site Grlsquash.com
Grlsquash 1
Grlsquash 3
Grlsquash 2

Et vous, quels magazines aimez-vous lire ?

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Mathilde

Mathilde

Rédactrice, grande organisatrice et réseau socialite du Blog de Mathilde. Quand je ne suis pas devant un écran, j'organise des visites guidées de Boston, là où j'ai fondé ma petite entreprise Boston le nez en l'air. Je suis aussi auteure de nombreux guides de voyages, de livres de yoga et de jeux chez des éditeurs français. Suivez-moi sur Instagram, Facebook ou Pinterest.

12 réflexions au sujet de “Connaissez-vous ces magazines américains ? Une revue de presse engagée

  1. Super article, c’est assez plaisant de se procurer ce type de magazine – j’ai appris récemment qu’on appelait ça des Mook – parce que pour les lire il faut avoir du temps, se poser tranquillement dans son canapé avec une tasse de chocolat/café/thé, un plaid parce que l’automne est revenu, une playlist sympa et passer un bon moment à se cultiver et réflechir.

    En France je lis principalement deux Mook: America, qui permet d’être au courant de ce qu’il se passe vers chez vous et de mieux connaître la littérature américaine, en plus c’est un bel objet; et Les Others, sur le thème de l’outdoor, c’est un trimestriel aussi avec de beaux articles, de belles photos, qui fait voyager.

    Merci encore pour ces découvertes en tout cas.

    • Mook ? mais d’où vient ce mot ?
      Une amie graphiste m’a parlé de « Les Others », il faudrait que je me le procure la prochaine fois que je rentre en France

  2. Sympa ces recommandations! Le magazine Bitch me dit bien, mais je vois que le dernier exemplaire n’est déjà plus disponible version papier… je vais me pencher sur les exemplaires plus anciens. Pour ma part, rien de bien original, je lisais XXI mais cela fait un moment que je n’en ai pas acheté, America (comme beaucoup de lecteurs du blog apparemment!), Causette et c’est à peu près tout. J’ai essayé d’autres magazines type XXI comme c’est la mode (flow, zadig…) mais je n’ai pas franchement aimé le contenu.

    • Je pense que Bitch a du mal à rester à flots et à produire une version papier à chaque fois.
      America m’a un peu déçu, même si c’est super bien mis en page et beau à feuilleter. Toujours les mêmes journalistes et auteurs qui écrivent. Vivant aux Etats-Unis, je préfère lire quelque chose de moins « meta »

  3. Bonjour Mathilde, Ici en France, je suis abonnée à LIRE et AMERICA. Comme je vis dans un très petit village, nous n’avons pas de presse.
    Ton article est très intéressant et nous permet de voir ce qui se passe ailleurs. BELIEVER me plairait bien, mais je ne suis pas très à l’aise avec l’anglais…
    Je lis rarement les magazines féminins à cause des pubs, car quand on regarde bien, il y a plus de pubs que d’articles et c’est bien dommage.

    • Bonjour Rêve Fabienne,
      le Believer est disponible en français dans les librairies et maisons de la presse : ma maman l’achète et le lit.
      Par contre, souvent, ils ne reçoivent qu’un numéro, alors il ne faut pas hésiter à le demander en caisse, voire à le réserver ou à en commander un deuxième.

  4. Très sympa cet article. Cela nous fait voyager sous un autre angle. J’aimerai bien avoir quelques mag comme cela par chez moi (Asie). C’est pas gagné 🤣.

    • C’est grand l’Asie non ?
      Certains de ces magazines sont faits par des associations et par des universités, il faut sans doute regarder de ce côté-là !

  5. Salut Mathilde,

    Merci pour ce chouette article. J’ai une grande passion pour la presse, je suis abonnée au New Yorker et americana.

    Dans un autre registre, j’aime beaucoup lire les magasines de cuisine, et de voyage.

    Côté presse féminine, j’ai été beaucoup déçue, je lis Femme actuelle quand j’ai l’occasion (chez belle maman) mais that’s it !

    Bonne fin de semaine

    • Hello Jessica,
      La presse féminine classique est en général assez creuse je trouve… (je discutais de cet article hier avec une collègue qui me disait s’etre abonnée suite à une offre à deux magazines sur la santé et à quel point elle était déçue, notamment du fait que c’est bourré de pubs). C’est bien pour certaines occasions on va dire – dans les transports, une salle d’attente, etc.
      Je ne connais pas Americana, j’irai regarder ça !
      Je suis abonnée au New Yorker depuis plusieurs années, j’avais peur de les empiler sans les lire, mais même sans tous les lire de A à Z, j’ai quand même l’impression de les « rentabiliser »

      • Merci pour ta réponse, c’est toi qui m’a donnée envie de m’abonner au New Yorker (et je t’en remercie), je suis toujours époustouflée par la qualité, la longueur et la variété des articles proposés. De nombreuses fois je me dis que, dans un autre contexte, je n’aurais pas lu ou je ne me serais pas intéressée à un tel article.
        C’est la presse qui m’a le plus conquise ces dernières années. Pour la revue, il s’agit d’America, j’ai fait une faute de frappe.
        Il est vrai que la presse féminine est bourrée de pub et je trouve ça dommage, je trouve aussi que les articles sont souvent les mêmes, basés sur des sujets qui font acheter ‘le régime, le sport, la beauté…’

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