Monday Morning #103 // La Flaque

Washington boston public garden hiver 1

La flaque

Une scène de rue courante de l’hiver à Boston – pas aussi connue qu’une belle scène de rue iconique comme la fumée qui sort des bouches d’égout – a eu lieu cette semaine, après une nuit de neige suivie d’une averse. Des piétons embarassés pour traverser normalement la rue ne savent pas comment atteindre le trottoir car au bout du passage piéton les attend une épreuve digne du Survivor : il faut franchir un marécage gadoueux à la profondeur inconnue et encadré de chaque côté par un glacier, un tas de neige, tombée hier ou il y a 3 mois, consolidée par le sel et des semaines de gel ; la consistance de ce glacier est indéfinie ; sous le poids du passant, il peut s’effondrer, résister, glisser. Dans la plupart des cas, le pied s’enfonce et se coince.

Franchir la flaque peut entraîner glissade, noyade, gênance de vêtements salis et de chaussettes mouillées, entraînant pendant les heures qui suivent congélation et honte, puis appréhension pour la prochaine sortie : est-ce que la flaque sera encore là ?

Le Bostonien est habitué à l’hiver, même s’il peste tous les ans qu’il est revenu, et porte de grosses chaussures adaptées qu’il remplacera une fois arrivé au bureau par une paire plus élégante. Malgré le port de ces boots, le franchissement de cette barrière aquatique reste complexe.

L’affaire se complique quand quinze personnes traversent en même temps : une danse urbaine s’engage alors, des entrechocs virtuels d’une conscience collective en désaccord, chacun cherchant à trouver le meilleur moyen de passer sans se salir ni perdre sa dignité – ni entrer en contact avec son voisin, le principe même de la vie en ville.

On croise parfois la personne qui s’en fout et qui franchit la flaque tout droit sans regarder, d’un pas confiant et désinvolte. On croise aussi parfois le mec en tongs et en chemisette, étudiant ou geek : lui trouve toujours un passage, un arc-en-ciel le préserve de tout.

Un danger associé à ces marécages boueux – mélange de neige et d’eau, slush en anglais (le même mot qu’on retrouve – c’est peu apétissant – pour le granité, la boisson estivale) – est qu’une voiture prenne le virage de façon serrée, envoyant une vague de boue au ralenti vers les passants. A moins d’un réflexe maîtrisé d’orientation de  parapluie tel un bouclier, le passant se retrouve alors recouvert de gouttes pâteuses de slush.

J’ai vécu cette arrosade hivernale plusieurs fois et je me souviens de chacun des endroits dangereux « C’était ici, là, aussi ici. »

You’ve been slashed, slushed, winter shamed. C’est l’œuvre de la flaque. 

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La neige en hiver a boston 1
C’est elle, la flaque
Beacon Hill, Boston en hiver
La neige en hiver a boston 2

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Mathilde

Mathilde

Rédactrice, grande organisatrice et réseau socialite du Blog de Mathilde. Quand je ne suis pas devant un écran, j'organise des visites guidées de Boston, là où j'ai fondé ma petite entreprise Boston le nez en l'air. Je suis aussi auteure de nombreux guides de voyages, de livres de yoga et de jeux chez des éditeurs français. Suivez-moi sur Instagram, Facebook ou Pinterest.

14 réflexions au sujet de “Monday Morning #103 // La Flaque

  1. Bonjour Mathilde,

    Moi-même expat’ en Allemagne depuis plus de trois décennies (et oui, il arrive de rester), je lis ton blog avec grand plaisir depuis plus d’un an. Des souvenirs, des comparaisons, ton style fluide et tes belles photos… bref, quand je cale sur mon boulot, je pars à Boston 😉

    J’avais toutefois du retard sur les monday morning – ce qui explique ce message tardif. Cette flaque avec son ballet est une pépite et m’a rappelé une plaque de verglas que tu connais peut-être : celle de Belleville au premier chapitre de la Fée Carabine de Daniel Pennac. « La plaque de verglas ressemblait à une carte d’Afrique et recouvrait toute la surface du carrefour que la vieille dame avait entrepris de traverser […] Elle glissait une charentaise devant l’autre avec une millimétrique prudence […] À force de progression rampante, ses charentaises l’avaient menée, disons, jusqu’au milieu du Sahara, sur la plaque à forme d’Afrique… » Pas de slush mais quelque chose tout aussi délirant. Un livre absolument savoureux et hilarant. À partager.
    Bon, tout cela pour te remercier de ces petites escapades que tu nous offres régulièrement. Bon début de printemps à toi (il neige aujourd’hui ici…)!

    • Merci Florence pour ton message et welcome ! J’ai lu avec plaisir les Daniel Pennac il y a bien longtemps… je ne me souviens pas de la plaque de verglas cela dit, ça m’a fait sourire que tu l’évoques.

      Petite demande par curiosité : ça me surprend que tu emploies le terme d’expat pour un pays européen – bien que je conçoive que ce soit différent de ton pays d’origine si tu es française (ou autre pays francophone d’Europe)
      J’avais tendance à utiliser expat pour les Etats-Unis au début, sans trop y penser, mais depuis que j’ai une carte verte, je dis immigrée, surtout que expat à mon avis peut avoir des connotations négatives.

      • Bonjour Mathilde,
        Sorry pour cette réponse tardive, le temps court trop vite.
        Ton ressenti est très intéressant et m’a fait réfléchir. Pourquoi « Expat »? Sûrement parce qu’il est le terme con-sacré pour tous les Français à l’étranger – je trouve qu’il est plus présent dans le discours public depuis qu’il y a des députés nous représentant… Une prise de conscience générale que l’on peut vivre ailleurs que sur le territoire français, peut-être 🙂
        Mais je ne me sens pas « expat » :
        1. la connotation est, de fait, négative
        2. il a un relent d’une personne à part de la société où elle vit
        3. et un relent nostalgique par rapport à la « patrie » – un nationalisme que je ne supporte guère.
        À vrai dire, je suis tout simplement européenne – avec le « charme français » qu’affectionnent les Allemands et « un peu allemande » comme me disent les Français en plissant du nez. Bonjour les clichés 😀

        Entre-temps, j’ai même obtenu la nationalité allemande (en plus de la française) ce qui a été très compliqué. Je voulais pouvoir voter ici, car c’est une chose qui pèse lorsque l’on ne peut pas participer à la chose publique de l’endroit où l’on réside depuis des décennies.

        Et toi ? Comment vois-tu ton rapport avec l’Amérique et les Américains, la chose publique (plus communément appelée politique avec un grand P), la participation à la vie citoyenne? Un sujet bien vaste 🙂

  2. Bonjour!

    Je rattrape mon retard de lecture du blog (j’aime lire plusieurs articles à la suite, un peu comme une nouvelle).
    J’ai beaucoup aimé cet article, ce petit bout de vie de tous les jours, un peu comme les mails échangés entre Meg Ryan et Tom Hanks dans « Vous avez un message ». Bref, ça m’a beaucoup plu!
    Merci beaucoup à toi et ton style toujours plaisant et drôle

      • Mais oui tellement! Il faut aimer les RomCom et c’est vrai que ça commence à faire un peu daté mais c’est ce qui fait son charme ! Et quand je l’avais vu, je n’avais qu’une envie, c’est d’aller à New York. Après, je ne suis pas très objective, je suis une fan inconditionnelle de Tom Hanks.

  3. Rien que le mot « slush » permet de ressentir tout le malaise du moment où ton pied s’enfonce dans cette mare mi-liquide, mi-glaçon. Sans vivre à Boston je vois bien de quoi tu parles, ça n’arrive qu’une fois l’an à Paris mais c’est tellement désagréable! (et encore comme je porte mes boots dès qu’on descend sous les 5 degrés je fais généralement partie de ceux qui traversent la flaque sans trop se soucier des conséquences). Superbe récit d’un phénomène ordinaire mais qui peux rendre ta journée exécrable.

    Je vais me plonger dans l’article « ne pas faire de son hobby un job » parce que ça me parle bien, je n’en ai jamais eu l’occasion – certes – mais je me suis toujours dit qu’il était important de conserver un hobby qui soit vraiment du temps de loisir pour avoir une vie rythmée par des contrastes.

    • Exactement ! Le mot représente parfaitement la chose dans le cas de « slush ».
      Même en bottes d’hiver cela dit, je ne traverse par ce marécage sans crainte…

  4. Ah la maudite slush ! Ici au Québec on est encore loin d’en avoir, fesait -25 encore aujourd’hui! Le 5e mois d’hiver commence vendredi, il ne reste plus qu’une quarantaine de jour ? Toujours agréable de te lire ! Bonne semaine!!

  5. Excellent petit article. J’adore ce style de petit arrêt sur image sur un instant de la vie courante que tout le monde oublie à la seconde où il se termine. Et j’ai bien ri ! Good monday ! 🙂

  6. Ton article m’a fait rire car on expérimente la flaque à Toronto en ce moment et c’est exactement comme tu le décris.
    La semaine dernière j’ai enjambé une flaque d’eau bien plus grande que mes capacités (1m62 par ici) et à l’arrivée, saine et sauve, les personnes m’ont dit ‘you rock girl’
    La flaque fédère apparement ! 🙂
    Bonne semaine

  7. Ah ah !! Superbe description ! Pour être passée à Boston en février, je me souviens très bien de ces épisodes. Particulièrement d’une fois où il avait neigé toute la journée et qu’après il s’était mis à pleuvoir. La neige avait bouché les égouts et l’eau ne pouvant s’écouler, Harvard square c’était transformé en marécage géant avec en dessous de la glace qui menaçait à chaque pas de vous faire tomber dans l’eau gelée.
    Bon courage en attendant le printemps 😉

  8. Malgré la slush, Boston l’hiver est quand même bien jolie (les briquettes rouges vont avec toutes les saisons, non ?).
    Merci pour les liens divers, je vais de ce pas aller écouter le podcast The Thread.
    Bon lundi !

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