Voyager et écrire – Rédiger un guide de voyage

mathilde carnet de voyage

Je suis partie en Floride pour préparer un guide de voyage. Je suis encore en train de bosser dessus, après la phase préparatifs, puis celle du voyage, il y a la longue période de rédaction. Heureusement, je n’écris pas l’intégralité du livre toute seule, c’est une mise à jour d’un guide existant, une œuvre collective sur laquelle ont aussi travaillé d’autres rédacteurs, secrétaires d’édition et divers intervenants de la chaîne du livre, comme on dit dans le jargon… Après le guide sur Boston et la Nouvelle Angleterre, je renouvelle donc cette expérience dans le monde fabuleux du guide touristique. Mon savoir-faire en la matière est encore débutant, mais voici les quelques aspects glamour-free de ce travail de rédacteur-voyageur

1 – Je visite le plus possible selon mon plan pré-établi, mais je me laisse surprendre par des endroits insoupçonnés au départ. J’arrive sur place avec mon beau programme tout lisse et bien préparé à l’avance – j’ai passé de nombreuses journées à me renseigner sur la destination, à parler à des contacts, à chercher des fameux bons plans (rubrique fourre-tout). Le mythe du reporter qui arrive comme une fleur avec son appareil photo en bandoulière et prêt à arpenter les rues le nez en l’air (*alerte cliché voyageur*) : c’est faux, du moins, ce n’est pas ce que je fais..Je suis plutôt un mini-inspecteur en tongs et en short, qui quadrille le quartier, fais à peu près tous les musées rencontrés sur ma route, écoute ce qu’on me dit, et vais où on me conseille, sauf si c’est vraiment à l’autre bout de la ville – je me mets à la place du lecteur du guide : est-ce que je veux vraiment faire 30 bornes pour le meilleur guacamole de la terre ou le musée de la bretelle ? Pas forcément.

2 – Je vais au resto toute seule, et je reste digne quand on me dit : vous attendez quelqu’un ? Non, chérie, c’est juste moi et moi-même. Le rédacteur de guide de voyage est un être solitaire. Mais ça ne m’empêche pas de m’asseoir au bar, et de commander un mojito, ou le cocktail du jour all by myself – un bouquin et mon carnet de notes pas loin pour me tenir compagnie.  Je pensais que ça me pèserait d’être seule, mais j’ai trouvé ça plutôt… savoureux. Outre le fait que je pouvais mettre 25 fois d’affilée la même chanson dans la voiture, et ne pas mettre la clim mais baisser toutes les fenêtres, je vivais à mon rythme, et je visitais comme il me plaisait, j’allais aussi au resto à des horaires décalés – c’était délicieusement égoïste.

Cocktail au bord de la piscine - Miami, Floride

3 –  Je le prends comme un boulot (sinon l’éditeur va pas être content) mais je suis contente de revenir toute bronzée. Quand j’ai dit à des copains que je partais en Floride pour préparer un guide touristique, on me répondait le plus souvent : sympa les vacances tout frais payés ! Les autres prestataires pour qui je bossais au même moment ne m’ont pas cru quand j’ai dit que je serai difficilement joignable pendant quinze jours. En Floride début avril… pour travailler ?
Promis, c’est du boulot ! Certes, en fin de journée, après toutes les visites, je passais du temps au bord de la piscine, c’était ma pause bien méritée pendant laquelle… je fignolais la préparation de la journée du lendemain. Intense, mais jubilatoire.

4 – Qu’est-ce que je fais, et surtout qu’est-ce que je vais dire, quand une visite est vraiment pas intéressante ?  (1) il n’y a rien d’objectivement nul – quoique… (2) tous les goûts sont permis, et je n’écris pas que pour mon semblable trentenaire et urbain, je pense aussi à ce que ma petite sœur pourrait aimer (boites de nuit), ma grande sœur et ses trois enfants (plages et trucs de familles), ma mère (fan de fossiles et de paysages grandioses) ou mon père (adepte des vieux métiers, musées sur un peu tout et rien). Il en faut pour tout le monde.
Mais il est vrai que parfois, ça m’arrive de visiter des trucs qui ne m’emballent pas du tout. Alors quand je me retrouve embarquée dans une visite vraiment ennuyeuse – c’est souvent en lien avec les animaux, ou alors quand le guide est trop passionné par son sujet – j’aimerais bien écourter, mais souvent ce sont des visites guidées encadrées, donc je dois rester jusqu’au bout. Dans ce cas-là, je note TOUT, je prends des photos que je n’utiliserais jamais – ça fait passer le temps – et j’essaie de taper la discute à n’importe qui (c’est très facile aux Etats-Unis) : vous avez fait quoi avant ? Vous faites quoi après ? Et hop, je rentabilise mon temps en glanant des infos ni vu ni connu.

5 – Je bannis certains mots, comme « pittoresque ». Je prends des notes tout le long du voyage, j’écris mes impressions, des détails, et des astuces sur comment arriver là au mieux, dans le but de faciliter la tâche au lecteur quand il lira le guide. Quand j’ai mis plus de vingt minutes à trouver l’église Machin Truc de la Sainteté divine, c’est sans doute qu’elle n’est pas facile à trouver pour personne, et pourtant, ce sera dommage de passer à côté, donc je fais un petit schéma pour m’y retrouver.
Quand arrive l’heure de la rédaction, face à mon bureau et mon ordinateur, je n’ai souvent pas beaucoup de place pour m’épancher, c’est très formaté, il faut que je rentre dans la case. Comment être concis, direct et informatif, le tout en donnant envie d’y aller – c’est le plus important, non ? J’ai une liste de mots bannis, car ils font vraiment trop guides de voyages, et du coup, on ne sait même plus ce que ça veut dire : pittoresque est le meilleur exemple, mais j’évite aussi charmant – qui sous-entend vieux et moche, ou coquet dans le même genre.

carnet de voyage floride  - rédiger un guide touristique 2

Quel usage faites-vous des guides de voyage ? Est-ce que vous avez d’autres mots à bannir à me suggérer ? 

Rédactrice, grande organisatrice et réseau socialite du Blog de Mathilde. Quand je ne suis pas devant un écran, j'organise des visites guidées de Boston, là où j'ai fondé ma petite entreprise "Boston le nez en l'air". Je suis aussi auteure freelance pour un éditeur de guides de voyage et diverses maisons d'édition qui me confient la lourde tâche de divertir le public via des textes sur le yoga ou des jeux de société.

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27 Commentaires

  • Et bien félicitations alors!! Bon courage, j’imagine que la phase écriture est le revers de la médaille du voyage; si tu as oublie de noter un truc c’est foutu parce que tu ne peux pas y retourner pour verifier ou renoter des choses!

    • Répondre 6 May 2014

      Mathilde

      Merci! Je ne dirais pas que c’est le revers de la médaille, ça sonne trop négativement… disons que c’est très studieux !

  • Répondre 6 May 2014

    stella

    Ah Ah les mots à bannir ça me rappelle ma prof d’espagnol quand j’étais en BTS! Pittoresque était dedans! Il y avait typique aussi!
    Ca doit être cool d’écrire des guides! J’aimerais bien faire ça!

  • Répondre 6 May 2014

    Béatrice

    dans les mots à bannir, je mets sans hésiter « fascinant ». J’ai travaillé moi aussi comme rédactrice de guide (Inde du nord et Inde du Sud) et me suis bien retrouvée dans cet article !

    • Répondre 6 May 2014

      Mathilde

      Je note ton mot banni ! En effet, on peut avoir tendance à l’utiliser un peu trop, car il est bien pratique…
      Bises et merci de ton passage par ici !

  • Répondre 6 May 2014

    Isa Jones

    Wahou, j’adore ce type d’article qui permet de se plonger dans le quotidien des gens ! Bravo c’est très complet, on a l’impression d’y être ! Ce doit être vraiment passionnant (mot à bannir ?) même si évidemment c’est du travail hein, et que le soir on doit être bien fatiguée ! Encore, encore !

  • Répondre 6 May 2014

    marie

    Les guides de voyages, c’est un peu ma grande passion ! Je peux passer des heures dans le rayon a regarder des guides en rêvant, et quand je pars, j’en emmène au moins 2 : mon routard adoré, et un autre plus illustré (l’édition varie souvent) J’aime bien pouvoir combiner les deux et avoir ainsi deux regards différents.

  • Répondre 6 May 2014

    Audrey

    Oh cool ! C’est bon à savoir tout ça. Sait-on jamais que dans 10 ans on m’appelle pour rédiger 😉

  • C’est très intéressant de connaitre « l’envers du décor ». C’est un métier qui fait beaucoup rêver mais c’est énormément de travail et de qualités rédactionnelles pour arriver à faire passer notre impression. Je suis admirative car ça ne doit pas être évident du tout. Bravo à toi !

  • Bonjour,
    Quelle belle expérience tu vis, j’espère que tu vas contribuer à donner un coup de jeune au guide!

    Pour répondre à ta question, je n’utilise plus jamais les guides pour les logements, je m’en occupe en général à l’avance, j’aime mieux regarder les nombreux avis sur internet ou chercher des logements un peu insolite…. je tombe tout le temps mieux…
    Je me sers du guide pour les restaurants quand je n’ai pas réussit à avoir une recommendation de quelqu’un du coin… donc pas si souvent que ça::
    Je vais donc utiliser principalement le guide pour orienté mes visites, surtout pour les visites qui ne sont pas les grands incontournables du coin, du coup j’aime bien avoir des avis un peu tranchés pour prendre ma décision. Dernière chose j’aime bien les recommendations de randonnée urbaines, de shopping sympa… il y en a peu sur les guides…

    Voilà désolé pour le pavé mais des fois je suis plutot frustré par les guides après quelques experiences un peu limites (ex, le lonely qui nous parle de l’usine de charbon en face d’un site inscrit au patrimoine mondial en Chine, usine qui avait fermé depuis de nombreuses années… ) du coup je cherche souvent des guides écrit par des locaux, comme mon guide de la Corée et de Séoul que j’ai trouve dans un petite maison d’édition coréenne…, ou je pars sans guide en me renseignant avant sur des blogs ou forums et sur place

    Voilà j’ai tout dit:)

    • Répondre 7 May 2014

      Mathilde

      Hello !
      Merci pour ton long commentaire !
      C’est vrai que parfois on garde de mauvais souvenirs de guides… J’avais réservé un hotel près d’un site en Sicile soi-disant super… alors qu’il était fermé depuis plusieurs années. Ca arrive hélas. Malgré tout, j’aime bien partir avec un ou deux guides, au moins pour le côté historique, récit et idées de visites !

  • excellent j’adore et je ferai bien cela aussi .. seule à mon ryhtme .. par contre, les visites guidées .. parfois c’est vraiment énervant : je me rappelle avoir visité Ephese en Turquie avec un guide qui n’en finissait pas de s’écouter parler … ça m’a rasé …

  • Je trouve ça tellement pittoresque (ahah!)… Non mais en vrai, je rêverai trop de faire ça. C’est vrai que ce n’est pas des vacances mais je pense que ça me conviendrai pas mal…
    J’aime bien aussi que tu nous racontes l’envers du décor, c’est vraiment top!

    Merci pour tes beaux articles et belle journée à toi !

  • Excellent ! + 1 avec toi, connaissant aussi l’envers du décor, je confirme !
    Tes lignes me rappellent un excellent livre « L’envers des guides de voyage: Touriste Professionnel » par Vincent Noyoux?
    A lire à tout prix si ce n’est fait… tu peux voir ma critique par ici http://www.curieusevoyageuse.com/touriste-professionnel-vincent-noyoux/

    Et bon travail de terrain / rédaction alors :)

    • Répondre 7 May 2014

      Mathilde

      Hello ! J’avais lu ton article, oui ! Et du coup j’avais regardé une interview en vidéo de l’auteur, n’ayant pas moyen de feuilleter le livre en librairie à Boston. Ca ne m’avait pas vraiment convaincu, j’avais l’impression qu’il modérait beaucoup ses propos, sans doute pour continuer de travailler dans l’univers du guide ? C’était plus provocant qu’autre chose, mais là encore, c’est sans lire le livre, donc à voir.
      Dans le genre terrible, il y a aussi la critique de Barthes sur les guides touristiques, dans Mythologies, ça m’avait marqué la première fois que je l’ai lu, d’où l’obsession du « pas de pittoresque » !
      Bises !

  • Fascinant comme article 😉 Très drôle (c’est bon, je peux, celui-là ?) ^_^
    Sinon, pour ce guide, tu fais une mise à jour ou une écriture complète ?
    Et comme Curieuse Voyageuse, je te conseille le livre de Vincent Noyoux. Plutôt corrosif !
    A plus

  • Répondre 8 May 2014

    chrissand

    Sympa ton article, de savoir l’envers du décor de ces guides voyages. Par qui sont ils écrits et comment. Ca prend beaucoup de temps mais au final le rendu du livre est intéressant. Les lecteurs apprécient la franchise des commentaires et les bons plans que l’on peut trouver.

    Bonne continuation

  • Répondre 12 May 2014

    Hajer

    J’ai adoré tous les articles que tu a écrit sur ton voyage, merci de nous faire voyager avec toi et de nous faire partager toutes ces infos en exclu, avant même la sortie du guide…
    Pour les mots à bannir j’en ai un, pas complètement à bannir mais à utiliser moins souvent c’est « époustouflant » , je prépare en ce moment un voyage à Istanbul et dans le guide que j’ai acheté toutes les vues de toutes les terrasses sont « époustouflantes », bon c’est peut-être bien vrai mais c’est bien de varier le vocabulaire aussi de temps en temps :)
    Bonne continuation

    • Répondre 13 May 2014

      Mathilde

      Merci pour ton message, et merci de ta fidélité sur le blog, ça fait plaisir :)
      Je bannis donc époustouflant ! Bises

  • Répondre 12 May 2014

    La Rimule

    Très sympa et intéressant ce billet. Je me suis reconnue dans certains aspects (pas le mojito au bord de la piscine, malheureusement !!!). J’ai déjà bossé sur Barcelone et New York et là je travaille sur le numéro Amsterdam. J’ai donc été obligéeee d’y retourner la semaine passée… c’est sûr comme métier, non ? 😉

  • Répondre 12 May 2014

    agathe

    Le seul mot à bannir, pour moi, c’est « bien ». Ca veut dire tout et n’importe quoi, vraiment bien, à peu près bien, approximativement ou formidablement bien ?
    Ecrire des guides de voyage… pour moi, ça aurait tout du rêve en tout cas ! Savoure !

  • Répondre 19 Aug 2015

    M I L L A

    Cet article est génial, car on entrevoit le monde secret des redacteurs de guides! je me suis souvent posée la question! c’est marrant car ce que tu décris ressemble beaucoup à la manière dont je prepare mes voyages et les effectue (oui j’aime bien prendre des notes à la fois directement sur le livre et mon carnet, pour savoir comment classer mes photos apres!). je pense qu’il est facile d’imaginer la somme de travail que cela represente de mettre en ordre toutes ces notes après… cet été lors de mon voyage en Italie, mon guide ne m’a casiment que vers des restos fermés alors qu’il etait censé avoir été mis à jour, très decevant…mais c’est des choses qui arrivent!

  • Répondre 9 Mar 2016

    Marie-Astrid

    C’est tj le guide vert que j’utilise. J’aime le coté « informations culturelles » de ces guides et pas uniquement « où loger et où manger ».

  • Répondre 25 Oct 2016

    Vanessa

    Salut Mathilde,

    Je tombe sur ton article alors que je fais quelques recherches, et je me rends compte que nous avons un certain nombre de points communs : blogueuse comme toi, expatriée aux Etats-Unis comme toi (mais à New York :-)), je viens de me voir proposer la rédaction d’un guide de voyage ciblé sur la région. C’est excitant, légèrement intimidant de prime abord et, j’en suis sûre, passionnant !
    Quand on a l’édition précédente comme ça, sous les yeux, on se sent tout petit et on se demande par où on va bien pouvoir commencer ! Je ne sais pas si tu l’as ressenti comme ça, toi aussi :-)

    Bravo en tout cas pour ce bel accomplissement, et à bientôt !

    • Répondre 26 Oct 2016

      Mathilde

      Hello Vanessa, tu faisais des recherches sur « comment écrire un guide de voyage ? » 😉 Good luck ! c’est du boulot, ça prend du temps, et il y a un savant mélange de rédaction, bien écrire/donner envie/donner son avis et être concis ! Bref, depuis ce premier guide, j’ai travaillé sur 6 autres il me semble, et à chaque fois que je (re)commence, je me dis : mais comment j’ai fait les fois précédentes ?
      Je transmets ton blog à une amie qui part vivre à Dubai btw

      • Répondre 26 Oct 2016

        Vanessa

        Héhé, je cherchais des témoignages d’auteurs, pour en apprendre un peu plus sur les coulisses 😉 Tes articles sur le sujet ne m’ont pas déçue ! J’espère que ça devient un peu plus facile avec l’expérience… Hâte de commencer en tout cas !
        Si ton amie à des questions sur la vie à Dubaï, qu’elle n’hésite pas à me contacter !
        A bientôt,

        Vanessa

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