Boston au cinéma : l’inoubliable Love Story

Love Story Poster

Retour à Harvard pour le cinquième épisode de la série de l’été, « les films tournés à Boston », avec le film Love Story. Grâce aux lieux de tournage des films The Social Network et Will Hunting, on avait déjà eu quelques petits aperçus de Harvard Square, mais jamais de l’Université même ! En effet, depuis 1979, il est interdit de filmer sur le campus. Le dernier tournage qui a été autorisé fut celui de Love Story, il y a 46 ans. Plusieurs générations d’étudiants sont passées depuis. Les lieux ont-ils changé ? Allons voir !

Love Story est un film d’Arthur Hiller sorti en 1970. Il s’agit de l’adaptation d’un roman écrit par Eric Segal, un professeur de lettres diplômé de Harvard.
Comme son nom l’indique, il raconte une histoire d’amour, celle de Oliver Barrett (Ryan O’Neal) et de Jennifer Cavalleri (Ali MacGraw). Oliver est riche, protestant et il étudie à Harvard. Jennifer, descendante d’immigrés italiens, est catholique et étudie à Radcliffe. Ils s’aiment et se marient malgré la désapprobation du père d’Oliver. Ils vivent de petits boulots pendant quelques mois, le temps qu’Oliver obtienne son diplôme de droit et déménagent ensuite à New-York. Leur histoire d’amour se termine tragiquement avec la maladie de Jennifer (ce n’est pas un spoiler, on le sait dès le début).
L’écrivain Segal a révélé plus tard qu’il s’était inspiré d’Al Gore (candidat aux élections présidentielles en 2000), qui fut son camarade de classe à Harvard à la fin des années 60, pour créer le personnage d’Ollie.

Je vous l’accorde, cette histoire, on a l’impression de l’avoir déjà vue (ou lue) cent fois. Pourtant, Love Story fut le plus grand succès de l’année 1970. A cette époque, les Etats-Unis sont engagés dans la guerre du Vietnam, et cette intervention divise largement l’opinion. Il est possible que cette histoire d’amour, finalement sans grande prétention, ait su faire oublier les tensions cette année-là.
Le film commençant légèrement à dater, vous ne le connaissez peut-être pas. Mais vous connaissez certainement sa musique, composée par Francis Lai, récompensée par l’Oscar de la meilleure musique de film et l’un des grands succès de la décennie.
Un film à voir ou à revoir si l’on est romantique ou si l’on aime Harvard sous la neige !

Coup de foudre à Radcliffe

Revenons à Jenni et Ollie. Ils se rencontrent à Radcliffe, l’université pour femmes de Cambridge. Cette université, fondée en 1879, dépendait en réalité de Harvard, et prenait en charge l’éducation des jeunes filles. Le film se déroule à la fin des années 60, et à cette époque, les deux établissements sont lentement en train de fusionner. En effet, les formations sont similaires, les processus d’admission tous deux très sélectifs, mais les jeunes filles logent et étudient sur le campus de Radcliffe.
Radcliffe, surnommée l’Annexe de Harvard, a beaucoup moins de moyens que sa voisine où étudient les garçons. C’est d’ailleurs ce qui déclenche le premier accrochage entre Jennifer et Oliver : ce dernier vient emprunter un livre à la bibliothèque de Radcliffe, beaucoup moins fournie que celle de Harvard, ce qui agace particulièrement Jenni !

☞ Je vous laisse regarder la scène de leur rencontre, tournée dans le hall de la bibliothèque de Radcliffe.


♡ From Harvard with Love ♡

Après s’être rencontrés à Radcliffe, Jenni et Ollie s’aiment à Harvard. On les voit se promener sur le yard (la cour intérieure), faire des batailles de boules de neige, se disputer et même faire l’amour dans la chambre d’étudiant d’Ollie sur le campus.

Dans les dortoirs

OMG ! Ce film est complètement décadent : dans les dortoirs de Harvard, on fume, on boit, on joue au poker et on ramène même des filles !
Je n’ai pas réussi à trouver si tout ceci était autorisé à la fin des années 60, mais le code de conduite pour l’année 2016-2017 indique que les étudiants de plus de 21 ans ont le droit de consommer de l’alcool dans leur chambre. Il est en revanche interdit de fumer sur le yard et dans les dortoirs. Et même si 25% des étudiants de Harvard n’en profitent pas, les relations sexuelles sont autorisées dans les chambres.

Harvard Dorm

L’aviez-vous reconnu ? C’est Tommy Lee Jones (Men In Black, Le Fugitif…) qui joue le colocataire d’Ollie ! Il a d’ailleurs été le véritable colocataire d’Al Gore pendant leurs années à Harvard !
Harvard Dorm

La couverture, la chope de bière… J’ai comme l’impression qu’Ollie a dévalisé la Coop, la boutique officielle de Harvard !

Sur le yard

Les amoureux traversent notamment la Cour du Tricentenaire, alors que Ollie raconte ses malheurs à Jenni. On voit trois bâtiments remarquables : la bibliothèque Widener, l’Eglise du Mémorial et le Hall Emerson.
Si le réalisateur, Arthur Hiller, avait su que son film serait le dernier tournage autorisé à Harvard, peut-être nous aurait -il offert de plus belles images des bâtiments. En effet, même si on reconnaît bien les lieux, il n’y a jamais de très belles vues des façades !

❦ Oui, je sais, la vie est injuste : quand Jenni relève le col de son manteau, elle a la classe absolue, et toi tu ressembles au comte Dracula.

Widener Library

Widener Library 2016La bibliothèque Widener

Il s’agit de la plus grande bibliothèque universitaire du monde, avec 3,5 millions de volumes. Si l’envie vous prenait de parcourir tous ses rayonnages, vous marcheriez l’équivalent de deux marathons, soit 84 km !

Memorial Church
Memorial Church 2016L’Eglise du Mémorial

Harvard est une université privée, fondée par des Puritains anglais. L’empreinte religieuse est donc très forte, et il y a notamment une église sur le yard.

Barrett Hall

Emerson Hall

Le Hall Emerson

Le Hall Emerson a été rebaptisé Barrett Hall pour le film, du nom de famille d’Ollie, dont le grand-père, ancien élève de l’Université, aurait donné les fonds pour la construction du bâtiment. Ce bâtiment doit en réalité son nom au philosophe Ralph Waldo Emerson, originaire du Massachusetts, et abrite le Département de Philosophie.

Leur maison à Cambridge

Ollie et Jenni, jeunes mariés, s’installent à Cambridge le temps qu’Ollie obtienne son diplôme d’avocat à l’école de droit de Harvard (il lui faudra seulement un an pour terminer ses études, ce qui paraît bien court mais… c’est du cinéma). Le jeune couple est sans le sou (Ollie refusant toute aide de son père), et Jenni va sacrifier sa carrière pour aider son mari.
Ils louent un petit appartement, pour 82,5 dollars par mois (notez que les prix ont bien changé, aujourd’hui le site Zillow estime le loyer à 2800 dollars), au dernier étage d’une maison en bois située au 119, Oxford Street. “It’s even worse than I expected” (“C’est pire que ce que j’avais imaginé”) : en découvrant les lieux, Jenni n’est pas franchement enthousiaste. Pourtant, la maison est plutôt mignonne, non ?

House Oxford Street Love Story

Les amoureux arrivent en décapotable, et découvrent la maison
House Oxford Street Love Story

46 ans plus tard, c’est toujours la même maison !

Il y a beaucoup de maisons en bois aux Etats-Unis (« la maison des trois petits cochons », comme la surnomment les Français). L’utilisation de ce matériau n’est pas propre à la Nouvelle-Angleterre, on peut en voir dans tout le pays. J’ai lu des explications parfois contradictoires à ce sujet, mais celle qui revient le plus souvent est la suivante : le coût du bois aux Etats-Unis est très bas, en raison de la présence de grandes forêts sur le territoire. Les Américains préfèrent construire rapidement une maison en bois peu chère, quitte à la reconstruire chaque décennie ou presque. En ce qui concerne les forces de la nature, il est vrai qu’une maison en bois résiste moins aux ouragans, mais il semblerait que la structure survive mieux aux tremblements de terre (s’il y a un spécialiste dans le lectorat, qu’il n’hésite pas à me corriger).

J’aime tout particulièrement les bows windows héritées de l’architecture victorienne et très présentes dans les pays anglo-saxons. Outre l’embellissement de la façade, l’objectif est d’augmenter la surface de chaleur que reçoit le bâtiment ainsi que d’élargir la vue.

♕ Harvard Law School ♕

L’école de droit de Harvard, fondée en 1817, est la plus vieille et la plus prestigieuse du pays. Barack et Michelle Obama, entre autres, sont des alumnis, des anciens élèves (leur love story sort d’ailleurs au cinéma à la fin du mois). Parmi les neuf juges de la Cour Suprême, le tribunal de dernier ressort aux Etats-Unis, quatre sont issus de cette école de droit. Bref, Harvard Law School, c’est pas mal sur le C.V.
Tous les hommes de la famille Barrett ont étudié le droit à Harvard. Ollie, rebelle mais pas trop, n’échappe pas à la tradition.

Harvard Law School

Jenni arrive en vélo à l’école de droit de Harvard…
Harvard Law School Steps

…et rejoint son amoureux pour le goûter (ils mangent des tartines au beurre de cacahuètes)
Harvard Law School 2016Le yard de l’école de droit de Harvard en 2016

Plan du campus

Map HarvardEnfin un peu de cohérence dans les lieux de tournage !

Harvard Stadium sous la neige

Dans l’extrait du film que je vous ai mis plus haut, Jenni complimente Ollie sur son physique : « I like your body », « J’aime ton corps », la coquine ! Elle ne s’y est pas trompée, Ollie est un sportif, un Harvard jock, comme on les appelle. Plus précisément, Ollie fait partie de l’équipe de hockey. Je n’ai pas réussi à vérifier si les matchs ont réellement été tournés à la patinoire de Harvard, mais en tout cas, on reconnaît l’extérieur du complexe sportif. Pour un plan du complexe, c’est par ici (vous verrez qu’ils sont drôlement bien équipés).

☞ Les équipes de sport de Harvard sont appelées Crimson, du nom de la couleur de l’université, le rouge carmin. Si vous souhaitez assister à un match de hockey, football, basket ou encore lacrosse, il faudra donc crier « GO CRIMSON ! »

Harvard Stadium Snow

Il fait pas un peu froid pour pique-niquer en jupette sur les gradins..?
Harvard Stadium 2016

Vue sur le Stadium de Harvard, en 2016

Je n’avais jamais vu le film avant mon arrivée à Boston, bien que j’en ai déjà entendu parler comme « un vieux film d’amour qui fait pleurer ». Finalement, je l’ai regardé avec plaisir et j’ai même été émue à la fin. J’ai aimé reconnaître Harvard et jouer au jeu des sept différences avec la skyline de Boston il y a 46 ans. Sur une note plus superficielle, j’ai adoré le style vestimentaire de Jenni, ses beaux manteaux, son écharpe et ses gants assortis, qui nous rappelle que le chic ne sera jamais démodé !

☆ Si vous souhaitez en savoir plus sur Harvard, parcourir la Cour du Tricentenaire et entendre tout un tas d’anecdotes sur cette prestigieuse université, il est encore temps de réserver une visite sur Boston le nez en l’air !

Nouvelle collaboratrice pour Boston le nez en l'air, je vous guide à pied à travers la capitale de la Nouvelle-Angleterre. Dans mes rêves, j'écris depuis une terrasse avec vue sur la mer. Fan de culture pop et juriste de formation, je suis comme l'Amérique : pleine de contradictions. Et j'aime faire des rimes, aussi.

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14 Commentaires

  • Répondre 17 Aug 2016

    Annie

    J’ai vu ce film à sa sortie (je suis née en 1948 !) et je l’ai revu récemment : j’ai autant pleuré que la 1ère fois ! Ali McGraw est sublime dans ce film, on voulait toutes lui ressembler !

    • Répondre 18 Aug 2016

      Anais Van Strien

      Bonjour Annie, merci pour votre message.
      Je vous avoue que moi aussi je voudrais lui ressembler !

  • Répondre 17 Aug 2016

    Anita

    Ahhh « Love story » !!!
    La quintessence du film d’amour. (Oui oui moi aussi j’aime bien ce mot 😉

    Tout autant romantique et passionné qu’il est triste et déchirant. A l’instar de Titanic il faut croire que pour être mémorable une romance ne peut que se terminer sur un drame.

    C’est avec nostalgie (j’ai regardé ce film un soir d’août alors adolescente et en weekend chez ma tante sur les hauteurs de menton complètement seule, isolée car sans permis. Tout à la fois tellement proche et si loin du front de mer pourtant visible de la terrasse. Le tout dans une chaleur absolue et naturellement célibataire…)
    Avec nostalgie donc que j’ai dévoré ton poste Mathilde et vu ces lieux que je croyais avoir oublié mais qui visiblement étaient bien ancrés dans la mémoire.. Merci. Très intéressant.

    Bonne vacances et bon cyberdécrochage . Même si c’est la passion qui t’anime et te porte dans toutes ces activités que tu partages avec nous ici, ça n’en demeure pas moins un investissement important.

    A bientôt pour te suivre.
    BizzzZZZzzz

  • J’aime beaucoup ta façon d’écrire ces articles ! Il semble que Mathilde ait trouvé une collaboratrice très douée 😉

    • Répondre 18 Aug 2016

      Anais Van Strien

      Merci Sarah, ton message me fait vraiment super plaisir 😀

  • Répondre 18 Aug 2016

    Stacy

    Oh je ne connaissais pas ce film ! Mais en tout cas ça donne encore plus envie d’aller à Harvard 😉 Ta petite chronique est vraiment super ! Très originale ! ça montre aussi combien les USA sont vraiment la patrie du cinéma : c’est impressionnant de voir combien de films sont tournés dans une même ville…

    • Répondre 18 Aug 2016

      Mathilde

      oui je pense qu’il y a un mélange de régularité et de contenu de qualité (sinon à quoi bon poster beaucoup et souvent), un sujet qui t’intéresse pour avoir envie de poster, etc. Enfin, à toi de me dire pourquoi tu reviens !
      Si tu veux te lancer dans le blogging, pas la peine de te dire de poster absolument 2 articles par semaine, tu peux commencer plus doucement, ou pourquoi pas poster des photos sur instagram avec de longs commentaires pour estimer ta motivation !
      Bises,

  • Répondre 18 Aug 2016

    Anita

    Par respect pour l’auteur de cet excellent article je tiens à préciser que le premier paragraphe + remerciement était bien destiné à Anais.

    Le second était l’occasion de souhaiter de bonnes vacances en passant.

    Anaïs, comme le dit Sarah ta façon d’écrire est très agréable à lire. J’aimerais beaucoup avoir la même aisance.

    A te lire ici ou ailleurs.
    @+

    • Répondre 18 Aug 2016

      Anais Van Strien

      Merci beaucoup Anita, je suis contente que l’article t’ait plu et qu’il t’ait rappelé des souvenirs :-)

  • Répondre 18 Aug 2016

    Fringinto

    Bravo Anaïs super article ! Très intéressant d’en apprendre plus, j’adore ce genre d’information ! À mon retour à Toronto l’an prochain je vais prévoir un séjour à Boston pour voir tout ça en vrai :)
    Je regarde le film dès que possible.

    Et la musique, effectivement je connaissais, sans connaître le film mais ça donne un bon avant goût :)

    Ps: la vidéo n’est plus lisible :/

    • Répondre 18 Aug 2016

      Anais Van Strien

      Merci pour ton message ! Je suis contente que l’article t’ait plu ! N’hésite pas à nous contacter si tu souhaites faire une visite guidée de Boston :-) !

      PS : la vidéo est lisible chez moi… As-tu toujours le même problème ?

  • Répondre 26 Aug 2016

    Nicolas

    Bonjour Boston !
    Attention, film culte ! Si regarder Maïté couper des oignons à la télé ne vous fait aucun effet, pas sûr que vous restiez de marbre devant cette love story… »Elle était belle et intelligente. Elle aimait Mozart, Bach et les Beatles…Et moi. »
    Sortons les kleenex !!!
    Aussi j’avais été étonné que Mathilde n’ait pas mentionné la maison dans son article sur Harvard, son campus et ses environs. L’impair est réparé !
    Bonne journée,
    Nico.

    Ps amoureux pour ma Sandrine: non, je n’me moque pas ! Ça me fait la même avec « Alabama Monroe » !!! Lov’u, ever.

  • Répondre 22 Sep 2016

    Elisa

    Je suis fan de ce film et cela m’a fait énormément plaisir de partir sur ses traces à travers ton billet. Je suis impressionnée que la maison soit toujours la même après toutes ces années.

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