Boston Strong // Comment la ville s’est mobilisée après les attentats

Boston Strong - Photo de Maïté

Intense et triste semaine à Boston. Les événements de lundi dernier, les deux bombes qui ont explosé pendant le marathon, semblent avoir donné une nouvelle dimension à la ville de Boston. Au fil de ces huit derniers jours, les sentiments ont changé – tristesse et consternation au départ, puis espoir et combativité. J’ai eu l’impression d’être témoin de facettes importantes des Etats-Unis : l’adversité dans l’épreuve, la mise en valeur de héros du quotidien et surtout la forte présence de la communauté – tout le monde se mobilisant pour la ville et les victimes. C’est encore quelque chose de récent, mais voici néanmoins le récit de la semaine passée.

Lundi 15 avril, le soir. L’ambiance festive du matin est retombée d’un coup : la joie de regarder les coureurs a fait place à l’horreur, l’attente et la circonspection face à ce qui s’était passé. En rentrant à la maison, on est restés coller à Internet, Twitter surtout – on n’a pas de télé. On ne se rendait pourtant pas encore bien compte à quel point c’était majeur, les informations étaient confuses, et nous, on était plus préoccupé de s’assurer que tous les amis présents à Boston étaient sains et saufs. On était choqué, tristes – en se demandant aussi « Et si on était resté sur Boylston street toute la journée ? ».

Mardi. Des dizaines de mails depuis la France nous demandent comment on va, les amis, la famille, s’inquiètent de savoir si tout est ok pour nous. Des journalistes français nous demandent de témoigner (en tant que français vivant à Boston) – même si on n’a pas grand chose à raconter. C’est donc un événement mondial ? On en parle en France ? On n’avait pas mesuré l’ampleur de la chose.
Pendant la journée, la solidarité à Boston s’organise : certains studios de yoga donnent des cours gratuits, les musées aussi sont gratuits, un mémorial s’improvise près de la zone de l’incident où des fleurs et des messages sont déposés. Au fil des heures, en marchant dans la rue, on peut lire sur le sol, tracés à la craie, des mots positifs. Les gens se mobilisent, vont de l’avant.
Au milieu de cette ambiance positive, c’est tout de même “la guerre”. La ville de Boston se met à exister comme une entité à part entière, une ville forte, prête à encaisser les coups et à se défendre, que rien n’impressionne. Les gens autour de nous parlent de communauté soudée, tout le monde se sent bostonien. Toutes les personnes qui ont apporté leur aide pendant le marathon deviennent des héros – les pompiers, les policiers, et le personnel soignant certes, mais aussi des anonymes, des gens que l’on voit sur les photos choc des blessés. On lit leur histoire dans les journaux et ils deviennent des hommes et femmes hors du commun – des personnes dont chaque Américain pourrait s’inspirer.
Et puis on lit les journaux, toutes les spéculations possibles sur les auteurs de ce crime : on est énervé contre les gens qui tirent des conclusions trop hâtives.

Jeudi 18 avril, le soir. On reçoit des messages d’alerte sur les téléphones : une fusillade sur le campus du MIT ! On apprend peu de temps après que ce sont les poseurs de bombe qui ont été retrouvés, deux frères apparemment, leurs origines russes étant tout de suite mises en avant, même si on précise qu’ils sont citoyens américains dans la foulée. Qui sont-ils vraiment ? Tout le monde s’emballe à nouveau. On va se coucher, tandis que les hélicoptères volent dans le ciel – ça a été le cas toute la semaine d’ailleurs.

Vendredi matin. C’est la débandade, on apprend qu’une course poursuite a eu lieu au nord de Boston. On doit rester chez nous, la ville est en état de siège ! On reçoit des textos de la police du campus et de la ville qui nous le demandent. Les gares sont fermées, les transports en commun aussi, les routes sont désertes, aucun magasin ni aucune entreprise n’est ouverte. Je n’ai jamais vu une telle chasse à l’homme qui implique de littéralement « fermer » une ville (on peut voir des photos de la ville déserte ici). C’est à partir de ce moment-là – il me semble – qu’on commence à parler de « Boston strong », en gros : « On ne plaisante pas avec Boston, si tu t’en prends à la ville, tout sera fait pour te retrouver. »
Je ne suis pas une « news junkie » mais là, je suis restée rivée sur mon écran d’ordi à la recherche d’infos : que se passe-t-il ? qui sont ces deux jeunes hommes ? On regarde une interview de leur oncle… quelques heures plus tard, c’est la tante qui témoigne. On se demande comment tout ça va se terminer. En attendant, on vivote à la maison, alors que dehors c’est quasiment l’été. Le temps semble presque arrêté.

Vers 21 heures. Cris de joie dans la rue, des jeunes scandent des “USA, USA” : le deuxième poseur de bombes a été arrêté. Je trouve ça très étrange ce déchaînement d’enthousiasme, on va dire que c’est parce que la pression se relâche, mais tout de même, les réactions à chaud sont très vives, on dirait que personne ne pense que ce sont des citoyens américains qui ont fait ça, et que malgré tout, tout ce qui s’est passé cette semaine est tragique. Les policiers sont acclamés, ils sont applaudis le long d’une haie d’honneur, comme des héros. La fête continue jusqu’à tard dans la nuit.

Samedi. Je passe en vélo dans Back Bay, le quartier touché par les bombes. Boylston street est encore en grande partie fermée. Il n’est que 7h30 du matin mais des passants sont déjà réunis autour des barrières, il y a des fleurs partout, des mots positifs et toujours ces messages sur « Boston strong ». Au loin, on voit encore les infrastructures du marathon qui n’ont pas été démontées, des débris jonchent le sol. Là encore le temps s’est arrêté. Cet endroit de Boston d’habitude si affairé et joyeux est devenu comme une zone interdite.

Lundi 22 avril. Une semaine après le drame, des commémorations sont organisées, c’est aussi les funérailles des victimes. Les bus de la ville affichent un “Boston strong” sur leurs écrans. On lit des messages dans le métro, des gens portent les couleurs de leur ville, des tee-shirts ont déjà été créés pour l’occasion et les bénéfices des ventes seront pour les victimes.

Bus - Boston strong - Photo de Maïté

Boston strong - Photo de Maïté

Toutes les photos de ce post sont de Maïté, sauf celles de Boston désertée.

J’avais posté sur Twitter (@mathildepit) et Facebook cet article en anglais qui raconte à sa façon la semaine passée à Boston, avec de superbes photos. 

Merci à tous pour vos messages – les amis, la famille, les lecteurs de ce blog, ça nous a beaucoup touché d’avoir des nouvelles et des gentils messages suite à ce qui s’est passé.

Rédactrice, grande organisatrice et réseau socialite du Blog de Mathilde. Quand je ne suis pas devant un écran, j'organise des visites guidées de Boston, là où j'ai fondé ma petite entreprise "Boston le nez en l'air". Je suis aussi auteure freelance pour un éditeur de guides de voyage et diverses maisons d'édition qui me confient la lourde tâche de divertir le public via des textes sur le yoga ou des jeux de société.

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14 Commentaires

  • On a beaucoup pense a vous, ca a du etre tellement bizarre, stressant. Et en meme temps reconfortant de voir cet elan de solidarite.
    Des bises toutes fraiches (brrr! il commence vraiment a faire frisquet ici…)

  • Répondre 24 Apr 2013

    Kantu

    Merci pour ce billet super intéressant. On a beaucoup pensé à tous les Bostoniens ces derniers jours, c’est intéressant de voir comment la ville réagit combativement à cette tragédie.

  • Répondre 24 Apr 2013

    Ruth

    On a beaucoup pensé à vous depuis Milan.
    Merci pour toutes ces nouvelles que tu partages avec nous.
    Portez vous bien,
    Bises
    Ruth

  • Merci pour ce témoignage, c’est intéressant de voir comment vous avez vécu l’évènement sur place, de « l’intérieur ». Ce genre d’évènement, bien que tragique, a toujours quelque chose de « fascinant », d’autant plus quand ça se passe aux USA.
    J’ai bien pensé à toi pendant cette semaine et j’étais sûre qu’un billet allait arriver, l’essentiel est que vous soyez safe après tout ça !

  • Dans un autre contexte, on a aussi beaucoup ressenti cet élan populaire et communautaire après le passage de Sandy. Et une fiereté importante qui voulait montrer que rien n’arrête NY même pas un ouragan!
    Votre semaine a du être vraiment particulière, contente que tout aille bien pour vous!

  • Répondre 24 Apr 2013

    Sarah

    Tu vois c’est marrant, j’ai pense la meme chose… Ils ont ete naturalise depuis plusieurs annees et en un instant, tout le monde oublie qu’ils sont americains…

    • Répondre 24 Apr 2013

      Liz

      Ce n’est pas parce que nous avons oublié qu’ils sont américains (et il faut dire que seulement le cadet est américan, le frère aîné n’a toujours pas reçu la nationalité américaine à cause des violences conjugales et d’une enquête du FBI avant son voyage en Russie (le gouvernement de la Russie l’a demandé)). C’est plutôt l’esprit, le sentiment que nous sommes forts, nous sommes ensemble dans cette periode et nous n’allons pas nous laisser saisis par des gens qui attaquent des innocents. C’est quelque chose que vous ne pouvez pas apprécier si vous n’avez pas vécu un événement si traumatisant.

  • Répondre 24 Apr 2013

    Maite

    Je retrouve pas mal de similitudes avec l’affaire Mohamed Merah, en tout cas comment moi je l’avais ressenti à l’époque. On mettait en avant ses origines algériennes alors qu’il est né et a vécu à Toulouse pratiquement toute sa vie. Comme si on voulait donner une quelconque responsabilité à quelqu’un d’autre…
    Le plus impressionnant la semaine dernière a vraiment été le lockdown de vendredi. Je ne pensais pas que toute la population de Boston serait si volontaires pour rester cloîtrés chez eux toute la journée.

  • Merci pour ce super témoignages:-) c’est beau de voir tous scies messages de solidarité et de force en tout cas :-) bisous :-)

  • Répondre 25 Apr 2013

    Atalanta

    Super témoignage, qui souligne bien la façon très différente de la nôtre des Américains, de vivre ce type de tragédie.

  • Répondre 28 Apr 2013

    Mag à l'eau

    Un attentat horrible, traumatisant, je suis bien d’accord.

    Par contre j’ai du mal à comprendre pourquoi en faisant une recherche sur internet je n’arrive pas à trouver de bilan sérieux. La mort d’un enfant est au conditionnel, le nombre de mort varie de deux à trois sans que l’on sache si l’un des auteurs de ce crime fait partie du compte, on parle de victimes amputées sans citer de chiffre…
    Quand je pense que les médias prétendent nous informer de tout ce qui se passe dans le monde, là je ris jaune.

    Mais surtout, je déteste la réaction des américains face à ce type de tragédie. Je lisais justement hier soir un article de « Causette » sur une artiste canadienne vivant en France. Elle raconte comment elle a été traumatisée par le 11 septembre, son horreur, et la récupération capitaliste immédiate, avec vente de petits drapeaux et de pièces commémoratives.

    Quant aux réactions communautaires et solidaires, c’est bien, mais elles ne sont pas l’apanage des américains. Je dirais même que c’est un phénomène universel. Ce qui me choque c’est l’absence de moyens mis en œuvre par l’administration d’un pays qui a de l’argent. Et l’inaction, voire les actions négatives, des propriétaires d’immeubles endommagés. Je pense aux habitants des quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans, durement touchés par Katrina et spoliés de leurs droits, comme à ceux de Rockaway, district du Queens dévasté par Sandy, et qui ne reçoivent à ma connaissance aucune aide publique. Honte à toi New York !

    • Répondre 29 Apr 2013

      Mathilde

      Hello Mag à l’eau,
      Les médias ont cafouillé au début pour le nombre de victimes, mais il est aujourd’hui bel et bien établi définitivement.
      Pour la réaction des Américains, c’est là encore très culturel : le fait de toujours aller de l’avant, le « show must go on » – quitte à commercialiser des gagdets, tee shirts et autres.
      Enfin, pour la solidarité, elle n’est évidemment pas exclusive d’un seul peuple, mais s’exprime de façon différente selon les cultures.

      • Répondre 29 Apr 2013

        Liz

        Hello Mag à l’eau,
        Je suis américaine, alors je présente mes excuses pour mes fautes en français. Oui, il y avait quelques heures pendant que le bilan n’était pas établi, mais il y avait beaucoup de blessures graves dans les hôpitaux de Boston et on n’était pas sûr si les gens seraient toujours vivants. Oui, les médias étaient un désastre, mais je pense que c’est surtout un problème suite à la demande pours des nouvelles toutes les 5 minutes. Il y a beaucoup de victimes amputées, oui, mais est-ce que ça devient plus ou moins tragique pour vous s’il y a plus ou moins de victimes? Pourquoi est le chiffre si important pour vous? C’est bien triste, point final. Je suis bien d’accord qu’il y a beaucoup de commercialisation, mais il faut dire aussi que souvent les profits des ventes de T-shirts et tous sont pour les fonds de victimes. Il y a aussi une différence culturelle qu’il faut comprendre, même si la solidarité est universelle. Cette fois il y a le One Fund Boston, établi par le gouverneur de Massachusetts et le maire de Boston. Et pour Sandy et Katrina, il faut savoir qu’il y a toujours le Croix Rouge pour l’aide de victimes. Il faut savoir aussi que la honte pour le manque de l’aide publique appartient aux sénateurs républicains qui ont bloqué le projet de loi et non comme tu avais dit à l’état ou à la ville de New York. Je dis toujours qu’il faut savoir toute l’histoire et d’autres points de vue avant de critiquer des choses.

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