Boston au cinéma : encore des Oscars avec Spotlight !

Affiche Spotlight

Voici le quatrième épisode de cette rubrique estivale sur les films tournés à Boston, la capitale du Massachusetts. Je vois ou revois les films qui ont la ville pour décor, et je pars ensuite à la recherche des lieux plus ou moins emblématiques qui sont filmés, tout en essayant de comprendre les références à Boston, à son histoire et à ses différents quartiers. Cette semaine, j’ai regardé le film Spotlight : une histoire très bostonienne tournée dans des lieux qui ne le sont pas toujours !

Spotlight est un film de Tom McCarthy sorti en 2015. Il a connu un vif succès critique, et a notamment reçu l’Oscar du meilleur film en 2016. Il raconte l’enquête, menée par Spotlightl’équipe de journalisme d’investigation du Boston Globe, qui a dévoilé en 2002 un scandale impliquant des prêtres catholiques pédophiles dans la région de Boston. Les crimes commis ont été tenus secrets par les évêques, qui réassignaient régulièrement les prêtres fautifs dans de nouvelles paroisses.
Le film est l’adaptation de la série d’articles parue dans le Boston Globe (il a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté). L’intégralité de l’enquête a été publiée dans un livre, sous le nom Betrayal: The Crisis in the Catholic Church. L’auteur, Michael Rezendes, a été récompensé par le prix Pulitzer du service public (prix décerné à un medium pour la couverture d’une histoire d’utilité publique) en 2003. Spotlight lève donc le voile sur un scandale tenu secret pendant des années par l’Église catholique, les avocats et les juges, mais pas seulement.

En effet, Spotlight est aussi un plaidoyer pour le journalisme d’investigation, et dans le cas présent pour le Boston Globe. C’est ce que revendique Thomas McCarthy, le réalisateur du film, dans la préface de la nouvelle édition du livre Betrayal : son film raconte le déroulé de l’enquête, les obstacles auxquels les journalistes ont fait face, et leurs doutes. McCarthy veut démontrer que, malgré la pléthore d’informations en ligne aujourd’hui, le journalisme d’investigation a toujours sa place.

Les bureaux du Boston Globe, vraiment ?

On voit souvent dans le film le bâtiment dans lequel se trouvent les bureaux du Boston Globe, au 135 Morrissey Boulevard, dans le quartier de Dorchester. Ce quotidien fondé en 1872 par des hommes d’affaires bostoniens appartient aujourd’hui à John W. Henry également propriétaire des Boston Red Sox et du Liverpool Football Club. Dans Spotlight, McCarthy fait du journal un véritable personnage, à l’égal de l’équipe de journalistes. Pour bien comprendre l’histoire, il faut la replacer dans le contexte du journal en 2001. A cette époque, les ventes du quotidien commencent sérieusement à chuter. Il faut absolument trouver quelque chose qui ravivera l’intérêt des lecteurs. L’un des responsables tombe sur un court article relatant les agressions sexuelles perpétrées par un prêtre sur des enfants, dans la région de Boston. Il demande alors à l’équipe d’investigation Spotlight de creuser le sujet.

Boston Globe SpotlightLes bureaux du Boston Globe, dans le film
Boston Globe Entrance

Les bureaux du Boston Globe // Dans l’encadré : le distributeur de journaux, à l’effigie des Red Sox !

☞ La plupart des journalistes membres Spotlight travaillent toujours pour le journal aujourd’hui (pour voir leurs vrais visages à côté des acteurs, c’est par ici). Dans une conférence tenue en Juin dernier, l’équipe explique que la publicité autour du film n’a pas permis d’améliorer la situation financière du journal, qui a du baisser ses effectifs. Cependant, l’équipe Spotlight existe toujours !

On enquête dans le South End

Une des journalistes de l’équipe, Sacha Pfeiffer (Rachel MacAdams), part recueillir le témoignage d’une victime dans le quartier du South End. Ce très joli quartier, connu pour ses maisons victoriennes et ses nombreux parcs, est notamment classé au Registre national des lieux historiques, organisme qui est en charge de conserver les sites historiques aux États-Unis. Le South End est également connu pour son importante communauté gay. Le choix de ce quartier permet de donner une certaine véracité au récit, puisque durant l’entretien, la victime interrogée par Sacha dévoile son homosexualité. Le rendez-vous a lieu dans un café, le South End Buttery, situé au 314 Shawmut Avenue, à Boston. Ce café a ouvert en 2005, alors que l’action se déroule en 2001, mais ne chipotons pas trop !

South End Buttery

Sacha avance d’un pas décidé vers le South End Buttery
South End Buttery

Vue sur la maison victorienne qui abrite le South End Buttery

La conversation est particulièrement difficile et délicate, et les deux protagonistes décident de la poursuivre à l’extérieur. On les retrouve un peu plus loin. Ils longent la rue W Newton, et entrent dans un parc derrière l’Union United Methodist Church, une église située au 485 Columbus Ave, à Boston.

Union United Methodist Church

Confessions au parc
Union United Methodist Church

Le parc pour enfants et derrière, l’Union United Methodist Church

Fouiner à la bibliothèque

Tout film d’enquête qui se respecte se doit de montrer des personnages plongés dans des dossiers et autres registres. Spotlight ne déroge pas à la règle et l’équipe d’investigation planche jour et nuit sur l’identité des prêtres suspects. Sacha, la seule femme du groupe, choisit la bibliothèque publique de Boston pour faire ses recherches.
Le projet de cette bibliothèque a pris vie grâce à un Français, Alexandre Vattemare : il est le premier à avoir donné des livres et des œuvres d’art à la bibliothèque. Ce monsieur, grand collectionneur et ventriloque à ses heures perdues, a passé sa vie à créer un système d’échange culturel international, dans le but de rendre accessible au plus grand nombre des œuvres du monde entier. Aujourd’hui, cette bibliothèque est la deuxième plus importante des Etats-Unis, avec plus de 23 millions d’objets (livres, documents historiques, peintures, gravures).
On voit Sacha grimper les marches de l’entrée, sur la place Copley. Ceux qui ont fait le grand tour avec Boston le nez en l’air connaissent cette place : c’est là que démarre la visite des quartiers historiques !

Boston Public Library Spotlight

Vous remarquerez que les grilles de la bibliothèque sont fermées ! Oups !
Boston Public Library McKim

Vue d’ensemble de la Bibliothèque, place Copley

Sacha s’installe dans la salle de lecture la plus iconique de la bibliothèque, la salle Bates.  Un journaliste du Boston Globe en a fait une jolie description, en comparant les lampes de lecture vertes à des lucioles. Il est vrai que cette salle a un côté très féérique (ou très Harry Potter, à vous de décider) !
Sacha reste jusqu’à la fermeture de la bibliothèque, et il fait nuit. Imposture ! La bibliothèque ferme à 17 heures ! Et vu sa tenue légère, on n’est pas en hiver, donc il ne fait pas nuit aussi tôt !

Bates Reading Room Spotlight

Sacha se frotte les yeux devant ses gros livres, dans la salle de lecture Bates
BPL Bates Hall

Une belle hauteur de plafond dans la salle de lecture

Avoir l’air pressé dans le Downtown

L’avocat Georges Garabedian va aider l’équipe de Spotlight. Son cabinet se situe dans le centre ville. Lorsque qu’il quitte ses bureaux, on le voit passer devant la magnifique Old State House ! Située au 206 Washington Street, la Old State House est le plus ancien bâtiment public de la ville, et servit de quartier général aux Britanniques, du temps où Boston était une colonie. Sur sa façade, des sculptures représentent un lion et une licorne, symboles de l’Angleterre et de l’Écosse. La Déclaration d’Indépendance, signée le 4 Juillet 1776, a été lue aux Bostoniens depuis le balcon : un pied de nez aux Britanniques ! En aidant les journalistes dans leur enquête, l’avocat Garabedian se dresse en quelque sorte contre l’Église catholique. Le choix de ce plan n’est peut-être pas innocent : tout comme les Bostoniens autrefois , il défie le pouvoir en place ! Mais j’extrapole peut-être un peu !

Old State House Spotlight

Des citadins devant la Old State House, dans le film

old state house boston

La Old State House, en plein soleil !

☞ Si vous regardez attentivement l’image extraite du film, vous pourrez observer qu’il manque quelque chose sur la Old State House… Ça ne m’a pas sauté aux yeux tout de suite, mais… le lion et la licorne n’y sont pas !
En effet, les deux sculptures ont été retirées du bâtiment en 2014, pendant quelques semaines, pour rénovation. La Boston Society, un organisme s’occupant de la conservation du bâtiment, en a profité pour changer la capsule temporelle cachée dans la tête du lion. Il n’y a pas beaucoup d’informations sur ce que contenait la précédente capsule, qui date de 1901 : des journaux et d’autres documents officiels, apparemment. La nouvelle est tout aussi secrète : on sait cependant qu’elle contient une boîte en carton de la patisserie Mike’s Pastry !

Old State House

Détail de la façade de la Old State House

Boston…ou Toronto ?

Je l’ai déjà signalé dans les précédents articles : au cinéma certaines scènes censées se dérouler à Boston sont en réalité tournées au Canada… et côté triche, Spotlight remporte le pompon ! En effet, plus des trois quarts des scènes ont été filmées à Toronto. Pourtant je ne vous ai pas menti : il y a effectivement beaucoup d’images de la ville. Les plans en extérieur sont bien filmés dans Boston, mais les scènes en intérieur sont tournées dans des studios, restaurants et églises de Toronto.
Par exemple, c’est bien la façade du Boston Globe que l’on voit. Mais quand les personnages sont à l’intérieur, ce ne sont pas les bureaux du Boston Globe, mais ceux du Globe and Mail, un quotidien canadien !

☞ Alors, pourquoi délocaliser les tournages au Canada ? Parce que c’est beaucoup moins cher tout simplement et parce que certaines villes canadiennes ressemblent énormément à des villes américaines. C’est le cas de Toronto mais également de Vancouver. Il suffit de déguiser un peu les lieux de tournage pour que le décor corresponde à la ville et à l’époque du film, et le tour est joué ! Ainsi, ces deux métropoles canadiennes se font régulièrement passer pour New-York, Boston, Chicago… mais aussi pour des lieux beaucoup plus exotiques ! Vous pourrez en juger sur cette vidéo conseillée par une lectrice, où l’on voit que Vancouver ne joue jamais son propre rôle de « capitale » de la Colombie britannique… Regardez, il y a quelques belles surprises !

☆ On se retrouve dans deux semaines avec le film Love Story !

Nouvelle collaboratrice pour Boston le nez en l'air, je vous guide à pied à travers la capitale de la Nouvelle-Angleterre. Dans mes rêves, j'écris depuis une terrasse avec vue sur la mer. Fan de culture pop et juriste de formation, je suis comme l'Amérique : pleine de contradictions. Et j'aime faire des rimes, aussi.

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8 Commentaires

  • Répondre 3 Aug 2016

    Véronique

    Salut Mathilde, mon commentaire n’a rien à voir avec ton article mais en lisant la phrase « Given their pathologically upbeat culture, Americans (…) » dans cet article du Guardian (UK donc), cela m’a fait penser à un de tes anciens posts où tu parlais des différences culturelles US/FR
    https://www.theguardian.com/books/2016/aug/03/the-happiness-industry-by-william-davies-review

  • Répondre 3 Aug 2016

    Océane

    C’est toujours avec autant de plaisir que je lis cette rubrique, d’autant plus aujourd’hui que j’ai adoré le film Spotlight. Merci Anaïs !

    • Répondre 4 Aug 2016

      Anais Van Strien

      Merci pour ton message qui me fait très plaisir !

  • Répondre 3 Aug 2016

    Tiphaine

    Très bel article ! Spotlight est un film que j’ai adoré lorsque je l’ai vu au cinéma ! Intéressant de voir où il a été tourné !

    • Répondre 4 Aug 2016

      Anais Van Strien

      Je suis ravie que l’article t’ait plu, merci pour ton commentaire Tiphaine !

  • Article sympa et merci beaucoup pour la vidéo sur Vancouver que je ne connaissais pas !
    Je savais que de très nombreux films et séries étaient tournés ici, et d’ailleurs depuis que je suis arrivée à Vancouver j’ai déjà croisé beaucoup de tournages. La ville est surnommée « Hollywood North » c’est dire, mais malheureusement, comme le dit très justement la vidéo, elle ne joue jamais son rôle, on la fait toujours passer en ville américaine…

  • Répondre 15 Aug 2016

    David

    Une petite partie de la magie, s’envole… Merci pour ces precisions.

  • Répondre 16 Sep 2016

    Agatha

    Super article ! J’ai toujours adoré me balader dans des villes où des films ont été tourné et me dire que je reconnais tel ou tel lieu; ça doit être génial de vivre dans une ville comme ca au quotidien !
    En tout cas je viens tout juste de découvrir ton blog et je pense que je vais y passer quelques heures à lire tes articles.. On se retrouve au prochain commentaire 😀
    Merci encore pour la qualité de ce que tu écris !

    Agatha_

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