
Le miracle de l’immersion se met à fonctionner petit à petit… Je peux chantonner mes chansons fétiches sans que ça sonne trop « one again baby come back », commander avec assurance un café (avec du lait écrémé, de la cannelle, en petit format, et à emporter – c’est très technique de commander un café ici), et survivre à des réunions de boulot avec tout son jargon propre. Je crois que ça y est, je parle enfin anglais. Bilingue serait exagéré – selon les chiffres d’une étude que je n’ai jamais lue mais on m’a dit que c’était vrai (je ne sais plus qui), ça prend 7 ans pour être bilingue. Je repense avec bienveillance à moi-même, il y a quelques mois, débarquant paniquée, ne sachant pas commander un burrito sans que celui-ci soit beaucoup trop épicé. C’est fini tout ça ! Voici les points sur lesquels je dois tout de même bosser :
L’indécrottable accent français
Comme le bon fromage, l’accent peut s’affiner avec le temps. En attendant, il y a toujours des mots qui me posent problème et que je ne peux pas prononcer sans postillonner. Prenez par exemple le mot : walkthrough. Il y a quelques semaines, ma boss me demande de faire un “walkthrough” d’un projet sur lequel je bosse – en gros, il s’agit d’une présentation à l’équipe de ce projet. Je me prépare, et le jour J, l’une de mes collègues me demande si je suis prête. Je lui dis que c’est bon, et ajoute cette boutade (j’aurais mieux fait de me taire) : “mon seul problème est que je suis incapable de prononcer correctement le titre même de ma présentation (comprenant le mot “walkthrough »), mais sinon ça va”. Ni une ni deux, ma collègue m’entraîne dans un bureau à part, et prend sa mission très à cœur : me faire dire walkthrough comme une Américaine. Me voilà piégée, en train de répéter “walkthrough”, “through”, “thoughout”, des dizaines et des dizaines de fois. L’enfer. Apparemment, il faut sortir la langue de la bouche et la rentrer super vite pour faire le son « thr ». A l’heure actuelle, je continue de prononcer woksrou, mais de toute façon, j’essaie d’éviter d’avoir à le dire.
Je me fait des cessions prononciations avec ma conversation partner pourtant : tous les mardis dans un café on se retrouve pour travailler le français et l’anglais. On commence par des exercices de français pour elle, et ensuite on passe à la prononciation pour moi. On a beau croire que l’accent français est mignon (bof), parfois je vois le regard de panique des gens quand je dis un truc mal accentué.

La tentation du franglais
Au début de nos vacances en Californie, nos copains français étaient effarés de nous entendre parler, apparemment très mal : “On dirait du Jean-Claude Vandamme”. Avant toute chose, je tiens à préciser que je respecte de plus en plus Jean-Claude Vandamme, qui finalement ne faisait qu’exprimer plus finement ses pensées avec tout le panel de mots dont il disposait. C’est vrai qu’on parle franglais entre nous, mais tout en conjuguant les verbes anglais comme des verbes français (« j’ai schedulé un apoyetement chez le airdresseur ce saturdé, je bikerai pour y aller »). Par contre, on évite de prendre un accent américain pour dire un mot anglais au milieu d’une phrase en français. On ne dit pas : « on va manger un hamburger? » – en prononçant hamburger avec un accent américain. Pas beau.
Au boulot : employer les expressions qui sonnent bien
Ici, plus de Martine ni de Jacqueline qui répètent à longueur de temps ces expressions typiques du boulot (en France), comme “je suis sur les rotules”, “ça va comme un lundi” ou “on se fait un café-clope” (quoiqu’aucune des deux ne m’auraient jamais proposer un café-clope). Vous voyez de quoi je parle : ces petites expressions qui te font ressentir ton appartenance au monde merveilleux du travail ? J’en ai quelques unes sous le coude à présent, que j’essaie d’employer à bon escient :
| Les expressions que j’entends à longueur de temps | Comment je les comprends |
| Your honest feedback is important to me. | Trouve des trucs intelligents et constructifs à dire sur ce projet, mais pas la peine de nous faire une confession intime sur ton ressenti. |
| Don’t forget to loop Becky in ou Don’t forget to cc her. | Mets Becky en copie du mail la prochaine fois. |
| Let’s do a walkthrough. | C’est l’heure de la présentation, et on sait que tu le dis n’importe comment. |
| We need to get you on speed about that. | C’est le moment de piger et d’agir. Vite. |
| Cut yourself some slack. | Fais des pauses de temps en temps, t’as une mine horrible (= la mine du cubicle). |
| Can you write a boilerplate description. | Rédige un texte standard, à recaser un peu partout (et pas un truc sur une chaudière). |
| Sorry to butcher your name. | On ne sait pas prononcer ton prénom, Mathilde. |
| Let’s regroup. | On se concentre maintenant. |
Bon, même si tout est plus facile en anglais maintenant, j’ai tout de même l’impression d’être sur un plateau… vous savez ce moment où on ne sait pas bien comment s’améliorer, par quel bout le prendre ? Je parle suffisamment bien pour que tout le monde me comprenne, mais c’est très loin d’être parfait et complètement smooth (si je puis me permettre de frangliser tout ça). Je bouquine beaucoup, regarde pas mal de films et de séries, continue mes cessions avec ma conversation partner, note tous les mots nouveaux dans des petits carnets thématiques, et je me suis mise à écouter une émission de radio sympa, The American Life (je recommande d’ailleurs !). J’aime bien, mais je suis perdue sur mon « plateau » d’anglais.
Vous avez d’autres idées pour speaker un good English ? Est-ce qu’il y a d’autres expressions que vous entendez toujours au boulot et qui vous laisse perplexe ? Comment il est votre anglais à vous ?
Ahahah, le franglais c’est terrible ! On a beau trouver ça ridicule (c’était mon cas avant d’arriver aux US : j’étais farouchement contre : franglais = JC Vandamme évidemment
), on ne peut pas s’en empêcher !
Comment tu organises tes sessions avec ta conversation partner ? Tu prépares une liste de mots dont la prononciation te pose problème ? Je vais bientôt commencer moi aussi et je t’avoue que je n’ai absolument aucune idée de la manière dont ça peut se passer !
En fait comme on est copines, je lui raconte ma semaine et elle corrige ce que je raconte. Elle apprend le français, on fait des exos et j’en profite pour lui demander des trucs sur l’anglais. Ca reste assez informel !
Tu as trouvé quelqu’un avec qui causer ?
C’est bien que ça reste informel. Raconter sa semaine me semble une très bonne idée !
Oui, j’ai rencontré une fille du Pays de Galles par hasard dans une des nombreuses réunions qu’organise le MIT (mon copain est chercheur là) pour les « spouses and partners » : on s’est tout de suite bien entendues, et elle a envie de reprendre le français qu’elle a étudié il y a déjà quelques années. J’ai besoin de parler anglais et que L’ON ME CORRIGE, donc c’est parfait
J’ai fait mon apprentissage de l’anglais en plusieurs étapes. A l’école d’abord, en trois ans. D’une façon rétrospectivement intelligente: la première année, grammaire, vocabulaire, verbes assez intensif et dès la deuxième année, étude complètement basée sur la lecture de « vrais livres », avec compléments « scolaires ». J’ai appris à bien lire, rédiger et avoir de bonnes bases. Ensuite, dans mes études (scientifiques) il nous a été clairement annoncé que dès la troisième année de cours, on aurait des ouvrages de référence en anglais et des cours en anglais, que c’était donc à nous de nous démerder pour être capable de suivre d’ici là. J’ai refait un cours un semestre offert par l’université, j’avais été mise en C1 et je m’emmerdais en cours. J’ai donc arrêté et commencé à voir des centaines (littéralement) de films et de séries en V.O J’ai clairement appris mon anglais idiomatique ainsi. Bon, j’avais toujours regardé les films en V.O. depuis que ma mère avait décidé que je lisais assez bien le français pour les sous-titres (je devais avoir 10 ans et c’était pas facile au début). Bref. Pendant mes études, j’ai fait un stage de deux mois à Zurich où je me suis retrouvée avec 15 canadiens anglophones et j’avais aussi une copine canadienne à l’époque, et ils m’ont corrigé ici et là quelques défauts de prononciation: le i dans did que je disais à la française, trop
ouvert, je ne faisais pas de différence entre les -ood de food et good, des choses du genre.
Je trouve intéressant que tu fasses bien la différence entre prononciation et accent: pendant longtemps, je n’osais pas ouvrir ma bouche si je n’avais pas confiance en mon accent. En fait, je faisais un peu l’amalgame des deux. Je réalise que maintenant, mon accent je suis trop vieille pour le perdre, mais que c’est une prononciation correcte que je peux travailler et qu’une bonne prononciation avec accent n’est pas dérangeant. [/digression]
C’est plus long que ce que je pensais, tiens, mon apprentissage
Plus tard, j’ai fait une thèse dans un labo international, j’ai vraiment appris à rédiger en anglais (des articles et une thèse, en autres), à présenter en anglais et on m’a encore corriger des défauts de prononciations (« determined ne se dit pas « déteurmaïned », par exemple) et j’ai pu faire quelque mois en Californie. Je me considère bilingue français/anglais dans le sens que je peux dire/comprendre/faire à peu près tout ce que je peux faire en français et que je peux penser en anglais, rêver en anglais, m’engueuler en anglais, travailler en anglais.
Maintenant que je suis en Italie (depuis un peu plus d’un an, sans avoir appris la langue, j’apprends sur le tas en répétant ce que j’entends), je dois avouer que j’évite les mots qui ont trop de « r » devant une audience et que je ne suis pas encore prête à donner des présentations
Mais en un an, comme toi, je vois les progrès et j’espère être bilingue avant 7 ans !
Pour en revenir à ton walkthrough: je connais une dame allemande qui vit en Californie depuis 15 ans et a un accent à couper au couteau comme si elle était arrivée hier et chez elle ça ressemble plutôt à walkdrou. Alors si ton seul problème, c’est que tu essaies de trouver le bon son et triche en attendant avec des walkstrou, walkfrou, walktrou, c’est pas trop grave
Ah pis le « cut yourself some slack » je le comprends plus comme « sois un peu plus indulgente avec toi-même » que « fais une pause ».
Mon anglais c’est beaucoup ameliorer depuis que je vis a Londres. J’ai evite au maximum les contacts avec la communaute francaise, je bosse en anglais avec des anglais et vis avec un anglais. Du coup c’est le francais qui en prend un coup, a l’oral ca ne sonne pas aussi fluide qu’avant. Mais il y a toujours des expressions ou des accents qui me posent probleme. Par exemple les accents irlandais: j’ai toujours du mal a le comprendre celui-la, l’accent de Liverpool aussi (pour ma defense on dirait a peine de l’anglais)
Quand je butte sur un mot, je vais sur le site de Merriam-Webster parce qu’on peut écouter les bonnes prononciations. Sinon, il y a aussi lire à haute voix les sous-titres en continu sur les news channels.
Mais bon il faut surtout du temps et ne pas trop focuser sur l’accent, l’important est que les gens te comprennent!
Je comprends ce que l’on me raconte et je pense qu’on me comprend quand je parle mais tout ca vient bien moins vite que je l’avais imaginé… Par contre, je perds mon francais ou en tout cas il s’anglicise méchamment! La honte! Va falloir éviter ca à Noel en famille ou je vais me faire chambrer!
Pour l’accent, je pense que c’est mort. Après à peine 2 mots (et j’exagère pas), j’ai droit à un « Oh you’re french!!! ». Eux trouvent ca mignon, moi moins!
MDR.
Mathilde, cut yourself some slack, girlfriend! You can hold your own, strike a mean Vira II pose, order a cucumber mojito and guacamole, make traditional dinner rolls and ride your bike all in English, and all at the same time. The only thing better than hearing you and Manu speak Franglais is… well, there isn’t anything better. Loved this post.
Ce n’est pas moi qui va pouvoir te donner des conseils pour améliorer ton anglais, car c’est simple : Je suis nulle. En tout cas, c’est impressionnant de savoir qu’il faut 7 ans pour être bilingue, ca sembles dur si on ne va pas à l’étranger.
Si ça peut te rassurer, je parle aussi franglais couramment, dans mon boulot d’abord (je bosse dans le web marketing – hop, deux mots), et dans la vie de tous les jours où il y a des mots et expressions que je trouve tellement plus explicites en anglais… et plus mon niveau/pratique de l’anglais augmente, plus c’est le cas !
Super ton article Mathilde! Je me suis mise à le lire attentivement! C´est sympa et je trouve bien que tu partages ton expérience.
Moi, je continue à parler « spanglish » (lol)
Non, je n´ai pas eu l´occasion de bosser à l´étranger, je suis allée autant aux États-Unis qu´à la France comme touriste.
De toute façon je parle assez bien l´anglais. Moi, je le trouve beaucoup plus facile que le français.. je crois!
Amitiés
Elisa, en Argentina
Merci pour ton message et bienvenue sur le blog !
Ops, j´ai raté la mention de mon blog: c´est elisaorigami.blogspot.com (à propos du voyages) Bizzz
Salut Mathilde,
Bien cet article. Je suis d’accord avec toi, il en faut du temps pour vraiment être bilingue. Moi après presque un an et demi d’immersion dans des pays anglophones, je suis pas encore fluent fluent (oui je fais aussi du franglais) !
Sinon avec mes amis ont a aussi ce mot imprononçable parfaitement pour des français en anglais qui nous fait bien rire : squirrel !
Moi aussi je sens aussi ma courbe de progression stagner parfois. Le meilleur moyen pour remédier à ce problème c’est de s’immerger complètement et uniquement avec des américains sans parler français pendant plusieurs jours, mais c’est pas facile.. Après quand je skype avec ma mère j’ai des mots qui me viennent et anglais et je dois chercher pour trouver le mot en français, elle me dit que je la snobe mais je fais pas exprès ! Compliqué pour mon petit cerveau de s’adapter au changement de langue. Et ne parlons pas de quand j’essaye de parler espagnol ici à Miami, impossible alors que c’est quand même ma deuxième langue…
A bientôt,
Nadège
Je confirme « squirrel » c’est atroce.
Tu veux que je quitte mon mec c’est ca ?
C’est vrai que meme si on ne connait quasi que des Americains, je vis avec un Francais et écrit le blog en francais… c’est pas de la totale immersion !!
Mes collègues m’ont aussi suggéré que si je sortais avec un Italien, j’apprendrais plus vite.
Non mais oh.
Aujourd’hui j’ai découvert un nouveau mot que je n’arrive pas à dire d’une seule traite:
exclusionary. Ma langue a fourché 3 fois, j’ai vraiment eu l’air d’une idiote au travail!
Sinon je me suis pas mal gourée sur category que je prononcés caTEgory au lieu CAtegory.
Et pourtant j’ai plus de 15 ans d’anglais dans les dents!
Au travail, mon manager dit TOUT LE TEMPS « let’s sharpen our pencils on… » genre « bon il va falloir être plus précis que ça! »
Mais oui l’immersion c’est la meilleure chose à faire.
Nadège, je fais la même chose au téléphone avec mes parents et mes amis et je me fais traiter de snobinarde « amewicaine » haha
« Let’s sharpen our pencils… » on ne me l’a jamais fait celle-là ! ça me plaît bien.
Ah… le franglais. Tu verras au fur et à mesure des années c’est de pire en pire. Quant à être bilingue en sept ans, j’ai du mal à y croire.Pour moi, j’ai l’impression que pour être vraiment bilingue il faut être né et avoir grandi dans les deux cultures…
Tu as vu l’article de Tête de chat sur le même sujet? http://www.tetedechat.com/blog/index.php/quand-tu-crois-que-tu-parles-anglais-mais-en-fait-non/
Sympa cet article. En fait pour les 7 ans pour devenir bilingue, ça concernait des enfants français scolarisés en école américaine (je bossais dans une école l’an dernier). Je connais tout de même des gens qui parlent un excellent anglais et qui tromperaient presque un Américain… après ça dépend de ton exigeance quand tu parles de « bilingue », c’est sûr qu’il manquera toujours un élément de culture qu’aurait un natif (les comptines pour enfants, les dessins animés, ou même la façon de voir les choses, etc.).
Et ça dépend sûrement de la langue apprise et de la langue maternelle: j’ose espérer qu’avec le français langue maternelle, l’italien ira plus vite que n’irait le japonais, au hasard.
Moi qui pensait travailler mon anglais un peu en venant habiter au Canada, j’ai vite compris que Montréal n’est pas le bon endroit pour ça…
Pourtant j’habite dans le centre anglophone… mais bon avec les amis expats français et les collègues québécois, je m’améliore pas plus qu’en France!
Pourtant au départ, j’essayais d’aller à des meetups pour parler anglais mais vu que je me retrouvais à parler avec des français en anglais, j’ai vite abandonné… Dommage!
Sinon je vais travailler mon anglais pendant les vacances, New York à Noël et Boston justement pour le Nouvel An!
Moi j’arrive a dire tout ce qui est walkthrough, through.. mais impossible de dire three je ne comprends pas, j’essaie toujours mais je n’arrive pas a le dire et sa fait donc soit tree free en faisant une sorte de mélange entre les deux :p
J’ajouterai le classique mais toujours approprié « je suis sous l’eau » dans les expressions de boulot françaises que j’affectionne tout particulièrement. Ou « je suis en fin de cycle », mais ça je suis plus sure que ce soit une vraie expression ou un truc à moi.
Pour ce qui est du franglais, il me semble qu’on le speakait déjà quand tu étais en France…
Bises!
Julie
Je pense aussi à l’expression « dead line » qu’on utilise souvent au boulot (mais il y a toujours un ou deux collègues par entreprise qui ne semblent pas connaître le phénomène des dead lines, en bon bras cassés, et cela échappe parfois au « boss », curieusement…). Pour ce qui est de la fin de cycle, ce terme peut-être ambigu…!